Apéro-thématique 3 : développement et coopération internationale au Niger

Le 9 mars, nous avons eu la chance de pouvoir échanger et parler avec trois alumni du MRIAE qui sont actuellement en poste au Niger. Quentin Bordes (promo 2019) est chargé de projets Energie et Environnement à l’AFD, Julie Maline (promo 2012) chargée de mission éducation et formation aussi à l’AFD, et Marine Lalanne (promo 2016) qui travaille au PNUD sur les questions de stabilisation au Niger.

Présentation de ses parcours

– Julie Maline (AFD)
Elle a fait une licence d’éco gestion et le MRIAE en alternance. Elle a fait son alternance dans la Mairie de Paris, au service international pendant 1 an et demi: elle a travaillé sur les sujets de financement dans le secteur de l’eau et de la santé. Après, elle est entrée en volontariat international à l’AFD et a travaillé sur les sujets de l’éducation. Aujourd’hui, en CDI, elle est chargée de mission sur les sujets d’éducation. En particulier, elle est chargée du portefeuille (de dons) de l’éducation, du financement que la France, à travers de l’AFD, donne au gouvernement ou aux ONGs du Niger. Et fait aussi du conseil sur le sujet d’éducation ou elle discute avec des différents ministères. Elle a pu alterner entre des périodes de terrain et de siège.

– Quentin Bordes (AFD)
Il a fait une prépa scientifique puis il a intégré une école de commerce et a fait un double master entre l’école de commerce et le MRIAE, ce qui lui a permis d’avoir un profil plus “business”. Il a fait son stage de fin d’étude chez Engie. Après, il est parti en Irak avec une ONG pendant 6 mois. Il est ensuite revenu chez Engie pour 1 an et demi en tant que salarié sur des projets d’énergie renouvelable et de décarbonisation de l’économie. Par la suite, il intègre l’AFD en Volontariat international où il travaille dans le secteur de l’accès aux ressources de première nécessité, notamment l’énergie. Il suit le financement avec le portefeuille de prêts et il est en contact avec des entreprises publiques liées à l’énergie du Niger.

– Marine Lalanne (PNUD)

Elle a fait une classe préparatoire B/L avant de rentrer au Magistère en 2013. Elle a réalisé un premier stage au ministère des Affaires étrangères (ambassade de France à Malte, chancellerie politique) en 2015, puis son stage de fin d’études au sein du Service économique régional pour le Mexique et l’Amérique centrale (DG Trésor) en 2016. Après obtention de son diplôme, elle a effectué un VIA au sein de l’ambassade de France au Costa Rica en tant que chargée de mission de coopération et d’affaires politiques, sur les sujets d’environnement, droits de l’homme, migrations et genre. Elle travaille au sein du bureau-pays Niger du Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD) depuis octobre 2019, d’abord en tant que VNU (sur financement du MEAE) sur les questions de développement durable et innovation, puis, depuis janvier 2021, en tant que chargée de projets au sein de l’Unité Gouvernance, Justice, Paix et Sécurité. Dans le cadre de ces fonctions, elle participe à la conception, au montage, et à la mise en œuvre de projets sur des thématiques comme la prévention de l’extrémisme violent, la consolidation de la paix, l’appui aux services pénitentiaires et la réintégration communautaire.

Vie quotidienne et le fait de travailler pour la France au Niger

Le Niger est un pays pacifique, où le “sentiment anti-français” n’est pas prégnant dans les interactions quotidiennes avec la population locale. Du fait de la dégradation des conditions sécuritaires dans plusieurs zones du pays, liée à la présence de groupes armés non étatiques dans les zones frontalières du Liptako-Gourma, du bassin du Lac Tchad ou du parc du W (frontière Bénin), ainsi qu’à l’activité de bandes criminelles dans plusieurs zones de l’intérieur du pays, les expatriés (en particulier ceux travaillant pour les organisations internationales) ne sont pas autorisés à quitter la capitale. A Niamey, les déplacements sont libres, et les conditions sécuritaires relativement stables permettent d’avoir une vie normale, compte tenu de la faible offre de services et de divertissement.

Conseils pour trouver des stages dans l’humanitaire / développement

Il existe deux portes d’entrée: la “porte royale” celle de l’ONU, et la porte des ONGs. Les agences des Nations-Unies proposent régulièrement des offres de stage (non rémunérés) en leur sein ; les candidatures se font souvent en anglais, dont la maîtrise est presque indispensable (à l’exception de certains contextes francophones, dont l’Afrique de l’Ouest), via les plateformes des différentes agences. Les entretiens, y compris pour les stages, se font souvent sur la base des “competency-based interviews”, qui nécessitent un petit entraînement (des tutos sont disponibles facilement sur internet). Avec la COVID-19, des offres de stage en télétravail sont disponibles. Privilégier des stages terrain ou siège dépend de vos aspirations professionnelles : une expérience de terrain est toujours valorisée car plus proche du real job, mais une expérience siège peut permettre plus facilement de créer un réseau de contacts plus large pour décrocher une mission plus longue ensuite. L’issue du stage est extrêmement aléatoire, dépendant de votre poste, de vos missions, de votre superviseur, de vos contacts. De plus en plus de contrats courts (donc plus précaires) sont proposés, soit sous le format de consultances, soit de temporary job openings ; ces contrats peuvent toutefois vous permettre de mettre un pied dans l’organisation, qui privilégie toujours les candidatures avec une expérience interne (un stage est donc un excellent moyen d’entrée).

Par rapport aux postes en VIA et VNU

Marine a effectué un VI en administration, au Ministère des Affaires étrangères, avec une double casquette chancellerie politique et coopération. Il s’agissait d’un poste junior (possible de postuler dès la sortie du master), qui nécessite un bon encadrement de la part des superviseurs, et donne un bon aperçu des métiers de la diplomatie ainsi que de la gestion de projet. C’est une très bonne première expérience professionnelle de deux ans, qui permet de gagner en compétences sans se fermer de portes. Toutefois, aucune embauche n’est garantie ensuite, il faut donc garder à l’esprit tout au long de sa mission qu’à la fin du VIA, il faut se relancer dans une recherche d’emploi.

Au sein du système des Nations-Unies, le contrat de VNU intervient généralement après une première (ou plusieurs) expérience(s) professionnelle(s) (minimum 25 ans pour postuler). C’est toujours un poste junior, mais qui comporte – bien que cela varie selon les postings, selon le contexte d’affectation et l’encadrement – davantage de responsabilités, parfois même des fonctions managériales. Une expertise ou une spécialisation est souvent requise. Les contrats de VNU sont très compétitifs ; il est recommandé de privilégier les postes de VNU qui sont déjà “réservés” pour les nationaux français par la Délégation aux fonctionnaires internationaux du MEAE (la politique de quotas de l’ONU privilégie sinon les nationalités moins représentées dans le système). Les postes les plus concrets (chargé de projet, chargé de programme, chargé de suivi-évaluation…) sont généralement les plus à même de déboucher sur une carrière internationale (car vous procurent des compétences qui sont directement réutilisables), ce qui est plus difficile avec des postes politiques aux missions “soft”.

Obtenir un poste sans être si spécialisé

Le caractère généraliste du MRIAE est un atout en ce qui concerne la culture générale, la capacité d’analyse, de synthèse et de rédaction. Former sa spécialité (y compris via des compléments de formation si nécessaire/si envie) relève de la responsabilité de chacun, en fonction de ses aspirations et des opportunités, et se fait au cours de la carrière. Dans le domaine du développement et des relations internationales, beaucoup de postes requièrent des compétences transversales (y compris des notions de savoir-être) pour lesquelles la pluridisciplinarité de la formation est un atout. Gérer des projets, même sur des thématiques spécifiques, implique de savoir analyser le contexte, d’avoir des notions globales de science politique, de géographie, de sciences sociales et autres domaines connexes… ce pourquoi une formation pluridisciplinaire est un atout. Il ne faut pas hésiter, dans les candidatures, à mettre l’accent sur cette adaptabilité et cet aspect “couteau suisse”.

En revanche, il est certain que pour des métiers très spécialisés (par exemple, protection des réfugiés, énergie, éducation), une formation spécifique complémentaire sera nécessaire : pour faire un travail de case management de réfugiés ou migrants, par exemple, il vous faudra des connaissances en droit international des réfugiés, en droit humanitaire… que le MRIAE n’apporte pas.

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