Diplômée du MRIAE en 2013, Madame Katia Kim Hannuna dispose d’un profil résolument tourné vers la question des réfugiés et travaille actuellement pour le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) au Salvador. Après avoir effectué un stage au sein de cette organisation en 2013 en tant qu’Assistante à la Réinstallation, Madame Hannuna a travaillé comme Rapporteuse à l’Instruction au sein de la Cour Nationale du Droit d’Asile de 2014 à 2016. En parallèle de son poste de traductrice bénévole à l’association ECPAT (contre l’exploitation sexuelle des enfants), qu’elle a occupé de 2013 à 2016, elle est revenue travailler à partir de 2016 pour l’UNHCR. Elle y a occupé le poste de consultante (ICMC deployee) sur les questions de réinstallation puis, à partir de 2017, d’Associate Resettlement Officer au Salvador.

I. Présentation

Après une licence d’histoire à la Sorbonne, elle a intégré le MRIAE. Elle avait déjà fait des stages dans le domaine du journalisme et dans une ONG au Chili sur le micro-crédit. A son entrée au magistère, elle était d’abord intéressée par la diplomatie et avait pour ambition d’intégrer le MEAE. Madame Hannuna avait déjà vécu plusieurs fois à l’étranger (6 ans notamment en Ethiopie). Au sein du MRIAE, elle a effectué son échange dans une université à São Paulo, au Brésil, puis son stage au Haut- commissariat des Nations Unies pour les réfugiés en Équateur en 3e année. Afin d’obtenir ce stage, elle a mis en avant son savoir sur les réfugiés colombiens et aussi sa visite dans un centre de réfugiés à São Paulo. Son intérêt pour la migration et le droit des réfugiés est né lors de son échange au Brésil où l’un de ses professeurs de droit international et des réfugiés était lui-même un réfugié colombien. Ce professeur l’avait fasciné lorsqu’il parlait de ses expériences au HCR et avec les ONG.

Après ce stage, elle n’est pas rentrée directement au HCR car le stage effectué était au service réinstallation qui est un service très spécifique et elle n’était pas encore certaine de vouloir continuer dans cette organisation. Elle a donc postulé à l’OFPRA et à la CNDA. Elle a obtenu un poste en décembre 2013 en tant que rapporteur à l’instruction à la CNDA et elle y est restée jusqu’en avril 2016. Elle devait examiner les recours des demandes d’asile qui ont été rejetées en première instance par l’OFPRA. Le poste mêle à la fois le juridique (interpréter la demande et vérifier qu’elle rentre dans les catégories de la convention) et le géopolitique (recherches sur le pays d’origine). Le rapport est ensuite présenté en audience publique avec les demandeurs d’asile, les avocats et les juges. Cette expérience a été très enrichissante puisqu’elle ne possédait pas un parcours juridique et a donc pu apprendre à analyser, à rédiger comme un juriste et à acquérir des connaissances en droit des réfugiés.

Suite à cette expérience, Madame Hannuna a décidé de postuler aux NU au travers de la voie d’entrée « Affiliated Workforce » : ce ne sont pas des fonctionnaires, mais ce sont des organisations qui donnent du personnel aux NU. L’organisation à laquelle elle a postulé s’appelle ICMC. Il s’agit d’un roster auquel il faut postuler puis passer une interview et un test écrit, si on est accepté, son profil devient disponible dans une base de données. Lorsqu’une opération du HCR nécessite du personnel, le HCR envoie la proposition de poste au roster qui va faire une shortlist de 2 à 3 personnes dont le profil semble correspondre au poste. Le poste est proposé aux personnes short listées et la shortlist envoyée au HCR pour sélection finale si acceptation des candidats. Bien que le statut ne soit pas celui de fonctionnaire, il n’y a pas de véritable différence au niveau des vacances et du salaire. La différence réside dans l’instabilité de ces postes. Il n’est pas possible de rester plus de 2 ans au même endroit et ce sont des contrats de 6 mois maximum. Acceptée dans le roster en janvier, elle a obtenu une proposition de poste en mars en tant que case worker de réinstallation dans la ville d’Esmeraldas, en Equateur à la frontière avec la Colombie. Il s’agissait de sa première expérience en tant que salariée au HCR (avril 2016 – juillet 2017). Les circonstances étaient assez défavorables puisqu’un tremblement de terre a retardé sa prise de position et l’arrivée de Donald Trump a entraîné la suppression de son poste. Le HCR et les NU sont effectivement très dépendants des États- Unis au niveau du financement des postes en réinstallation.

Par la suite, Madame Hannuna a recherché un nouveau poste, toujours dans le HCR et de préférence dans la zone « Amérique Latine ». Elle a décidé de postuler par une autre voie, celle des Volontaires des NU (UNV). Il s’agit d’une porte d’entrée souvent plus accessible que la précédente. Il y existe des postes dans tous les domaines (protection, programme, réinstallation) dans tous les organisations des NU et dans le monde entier. Les opportunités sont donc nombreuses et ils recrutent des profils plus juniors. Pour cela, il faut s’inscrire sur le portail de UNV avec un profil complet qui inclut des mots clés sur ce qui nous intéresse, puis soit on attend (roster) soit on peut postuler ponctuellement (special calls). Dans son cas, elle s’est inscrite en juillet et a reçu une proposition pour le Salvador UNV fin août. Elle est entrée en poste en octobre 2017. Il s’agissait d’une petite équipe de douze personnes avec beaucoup de travail. Bien qu’elle ait eu l’impression d’intégrer un poste qui était moins élevé que ses précédents, elle conseille de ne pas avoir peur de commencer par un échelon plus bas et de baisser ses critères car le poste sera tout aussi intéressant. Elle explique que c’est le meilleur moyen d’avoir par la suite le poste qu’on désire davantage ou progresser en termes de contrat. Après un an à ce poste, son contrat a été à nouveau changé en contrat ICMC pendant une année puis le bureau s’est agrandi et un poste de fonctionnaire s’est créé. Elle a alors été fonctionnaire temporaire pendant un an avant de devenir fonctionnaire permanente depuis juillet 2020. Madame Hannuna est aujourd’hui au Salvador depuis quatre ans et demi. Son poste a beaucoup évolué en termes de responsabilités. Ils sont désormais six dans son équipe et quatre-vingt dans son bureau.

Aspects négatifs. Ce travail demande beaucoup d’adaptation et un investissement important qui varie selon la zone géographique. Par exemple, les conditions de travail ne sont pas les mêmes en Amérique centrale et au Sud Soudan où il y a plus d’opérations d’urgence. De manière générale, il y a beaucoup de pression et le travail ne s’arrête jamais ce qui implique de trouver un équilibre avec la vie personnelle. Ce travail peut être psychologiquement pesant puisque les fonctionnaires du HCR travaillent avec des personnes très vulnérables, qui se trouvent dans des situations à risques.

Aspects positifs. Ce travail est vivant, changeant et riche en apprentissage. Il y a un turn over important au HCR puisqu’on ne peut pas rester fonctionnaire plus de 4 ans au même endroit en général. Ainsi, les nouvelles personnes, pratiques et connaissances permettent d’évoluer en tant que professionnel. En raison de ce turn over, il y a la possibilité de postuler à d’autres postes après les 4 ans. En tant que fonctionnaire, les opportunités pour trouver un travail intéressant sont plus nombreuses, mais accéder à un poste passe toujours par un processus de sélection compétitif. Il n’y a pas de garantie même en étant fonctionnaire de trouver à 100% un autre poste immédiatement.

II. Questions

1. En quoi consiste exactement la réinstallation de réfugiés : est-ce que cela n’est qu’administratif ou alors existe-t-il un soutien psychologique qui est apporté ?

La réinstallation est l’une des trois solutions durables gérées au niveau du HCR avec le rapatriement volontaire et l’intégration locale. La réinstallation concerne les personnes qui sont réfugiées ou demandeurs d’asile dans un pays et qui pour des circonstances particulières ne peuvent pas rester dans le pays où elles sont venues demander l’asile et donc doivent être réinstallées dans un troisième pays (pays d’origine, pays d’asile et pays de réinstallation). Au Salvador, les pays de réinstallation varient selon les années, toujours les USA et parfois le Canada, l’Australie ou l’Uruguay, le Brésil.

  •   En unité de réinstallation, ils analysent les cas de personnes qui leur ont été référées par une organisation locale ou par l’unité de protection du HCR, ce sont des cas identifiés comme étant dans une situation désespérée en termes de sécurité (critères de sécurité déterminés par le pays d’origine).
  •   L’équipe opérative, de caseworker interroge (longues interrogations : 1h à 7h par personne dans des cas extrêmes) pour écouter l’histoire de la personne et pour voir si son cas peut être présenté au programme de réinstallation ou non. Il faut vérifier la crédibilité et les informations du pays d’origine, récupérer la documentation relative à la personne pour ensuite rédiger un rapport exhaustif sur le cas de la personne qui sera étudié par le pays d’accueil. Au Salvador, ils interrogent environ 3 à 4 personnes par semaine. Le rythme dépend vraiment des opérations ou du pays, en Turquie par exemple cela peut être environ 10 par jour. En outre, l’équipe fait le suivi avec les ONG locales et autres partenaires locaux concernant la mise en place de mesures de protection (ex. assistance humanitaire telle que l’alimentation ou le logement). Au quotidien, le travail consiste à faire des interviews et du follow-up.
  • Concernant Madame Hannuna, elle travaille avec les partenaires locaux pour identifier les cas et faire le follow up d’assistance humanitaire. En raison de l’importance de la relation avec les partenaires locaux, il faut savoir s’adapter au contexte culturel pour avancer dans les négociations. Il faut en permanence rendre des comptes. Aujourd’hui, il faut rendre des comptes à deux niveaux: avec les membres du bureau national, et le HCR au niveau global et les donateurs.

    2. Concernant l’autonomie que vous avez au sein du HCR par rapport à l’ONU (simple application ou alors marge de manœuvre) et par rapport aux autorités politiques locales, pouvez-vous nous en dire davantage ?

– Par rapport aux NU :
Aux NU, il y a des règles de conduite strictes. Les fonctionnaires n’ont pas le droit de prendre position sur quoi que ce soit en rapport au Gouvernement, aux autorités locales et à l’opposition afin de maintenir une image de neutralité (ex. parler à un journaliste ou poster sur Facebook), même en dehors du bureau. Au niveau du travail, il existe une stratégie et des objectifs établis mais les fonctionnaires restent libres dans la mise en œuvre quotidienne. Ils doivent néanmoins toujours rendre des comptes ainsi que suivre les instructions et les lignes globales de l’opération, et tout est très hiérarchisé.

– Par rapport aux autorités politiques locales :
L’intérêt du bureau est de bien s’entendre avec le Gouvernement local car c’est ce dernier qui accepte ou non la présence du HCR. Le HCR reste cependant indépendant car il ne suit pas les directives du Gouvernement. De nombreux projets se font en coopération avec le Gouvernement. Attention, l’autonomie varie assurément en fonction du pays.

3. En ce qui concerne la vie privée, est-il possible d’en avoir une ?

L’existence d’une vie privée dépend largement du pays, des opérations et des conditions de sécurité. En général, les membres du personnel restent entre eux, ne serait-ce que pour des raisons d’affinité, de règles de conduite et de conditions de vie similaires. Il ne s’agit néanmoins pas d’une obligation ni d’une fatalité. En raison des turn-over, il n’est pas forcément évident d’avoir une forme de stabilité.

4. Lors de la candidature pour le poste à la CNDA, puisque vous n’avez pas de formation juridique à faire valoir, comment avez-vous mis en avant votre dossier ?

Madame Hannuna a notamment mis en avant le stage qu’elle avait effectué précédemment au HCR et donc ses connaissances en matière de droit d’asile ainsi que celles de géopolitique. Il faut noter que la CNDA recrute fréquemment des juniors. Madame Hannuna nous conseille de mettre en avant nos recherches et nos connaissances théoriques en l’absence d’une expérience pratique. Notre intérêt pour le domaine d’activité ainsi que pour l’institution doit être mis en lumière. Il est nécessaire de connaître le fonctionnement de l’institution et savoir ce qu’on peut lui apporter. De plus, il est possible de de mettre en avant ses autres compétences telles que sa capacité à analyser, à rédiger un rapport et à le présenter. Lors de son entretien, Madame Hannuna devait notamment analyser un cas en utilisant les critères de la convention.

5. Pouvez-vous expliquer davantage le conseil selon lequel « avoir une expérience (stage ou poste) à l’HCR permettrait de passer à travers les filtres de l’ONU » ?

Avoir une expérience antérieure au sein des NU peut constituer un avantage lors de la candidature. En effet, les expériences au sein d’un des organes de l’ONU sont valorisées car cela signifie que la personne connaît déjà le fonctionnement interne des NU. Les recruteurs peuvent privilégier selon le poste les personnes qui ont déjà effectué un stage aux NU peu importe la branche et peu importe que ce soit en tant que UNV ou fonctionnaire. A l’ONU, les langues et les expériences à l’étranger sont fortement valorisées lors des entretiens car elles montrent la capacité des candidats à sortir de leur zone de confort.

6. Concernant les candidatures : est-ce qu’il y a une manière pour candidater propre à l’ONU ?

Il faut utiliser le formulaire des NU « P11 » qui est le formulaire CV type des NU (sans photo). On y trouve généralement trois questions sur la motivation et les capacités pour le poste. En ce qui concerne la lettre de motivation, elle n’est pas systématiquement demandée. Généralement, si elle est demandée, la lettre de motivation doit tenir sur 1 à 1,5 pages où il faut insister sur les mots clés et personnaliser la lettre pour ce stage en particulier. Il n’est pas recommandé de répéter tout le contenu de son CV dans la lettre. Au contraire, il faut mettre en avant les expériences qui seraient intéressantes pour le recruteur. Le plus important demeure le formulaire « P11 ».

7. Où trouver les offres de stage ?

Les offres de stage se trouvent notamment sur :

  • Relief web
  •  Les pages pays du HCR
  • UNjobs
  • UNcareers : MSRPcareers (liste des postes au niveau du HCR internationaux et nationaux) :

    https://public.msrp.unhcr.org/psc/RAHRPRDX/EMPLOYEE/HR/c/HRS_HRAM.HRS_APP_SCHJOB.G BL?FOCUS=Applicant&SiteID=2&#_ga=2.148062067.5395107.1643474837- 443593191.1621557073

  •  UNV : https://app.unv.org
  • ICMC : https://www.icmc.net/what-we-do/resettlement-and-complementary-

    pathways/deploying-refugee-experts/

  • DRC : https://drc.ngo/our-work/what-we-do/the-humanitarian-strategic-surge-capacity-

    division/drc-s-deployment-rosters-1/the-drc-resettlement-roster/

  • IRC https://www.rescue.org/page/surge
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