Apéro-thématique n°9 avec Fabien Segnarbieux :

Le 04 décembre 2020

Présentation :

Fabien Segnarbieux a connu des difficultés dans le passé pour trouver quel secteur lui convenait le mieux, et c’est pourquoi il était attaché à participer à nos Apéros-thématiques. Selon lui, la formation manque d’appui après le diplôme, mais reste bonne formation générale.

Fabien Segnarbieux souhaitait par son intervention nous présenter une des possibilités de débouchées dans le privé. D’un point de vue général, le secteur privé permet d’avoir plus de responsabilités plus vite, en partie dû à un système plus horizontal et moins hiérarchique que dans le public, et en particulier dans les sphères de travail françaises. Fabien Segnarbieux a également mis en avant l’importance d’oser quitte à faire des erreurs pendant son travail – car il s’agit du meilleur moyen d’apprendre et progresser – et de continuer à travailler dur même après l’obtention de son diplôme.

 

Fabien Segnarbieux a commencé avec une Licence de droit durant laquelle il a pu partir en Erasmus, puis il a intégré le MRIAE. Son premier stage fut dans un think tank au Monténégro au cours du M1, puis dans un think tank à Sarajevo en Bosnie-Herzégovine au cours du M2. À l’époque, il souhaitait être chercheur dans le privé mais a été confronté à la réalité du manque de budget au sein des think tanks. De plus, le fait que certaines recherches puissent manquer d’objectivité en raison de l’origine leurs financements plaire ne lui apportait pas satisfaction.

Cependant, ce sont des amis de Slovaquie qui lui ont donné l’idée d’y déménager car le pays connaissait un plein-emploi. Après six mois, il trouve donc un emploi à Swiss Re, une entreprise de réassurance, comme assistant souscription ce qui consiste à assister la personne décidant si l’entreprise accepte d’assurer un client. En tant qu’assistant souscription, il s’agissait principalement de tâches sur Excel, et ça lui d’acquérir de solides compétences sur le logiciel. Principalement, en entrant les données dans les logiciels internes de l’entreprise, il déduisait les risques de pertes annuels en cas d’accidents dans le secteur industriels (utilité publique, électricité, mining…). Cet emploi était donc indirectement lié au risque politique, mais prenait en compte les risques politiques parmi d’autres risques.

Après deux ans comme assistant, M. Segnarbieux souhaite devenir souscripteur et part donc à Londres, qui est le centre névralgique dans le domaine des assurances et qui permet de candidater à des programmes de jeunes professionnels. Ces programmes consistent à former de jeunes diplômés en les faisant tester trois ou quatre postes sur deux ans, avant de les embaucher comme salarié régulier. Ainsi, en cherchant un emploi, il se retrouve à postuler pour un volontariat international en entreprise (VIE) à New York. Il travaillait comme assistant du directeur, où ses missions consistaient à faire du suivi de portefeuille, et plus largement des études de marchés, du business analytics. C’était donc toujours un travail à partir de données, mais d’un point de vue plutôt commercial cette fois.

Après cette expérience, M. Segnarbieux rentre à Paris où il devient risk analyst pendant quelques temps, mais renonce pour postuler à un emploi qui lui convient mieux : il postule à Marsh McLennan, qui est le plus gros assureur avec Aon Willis. Il travaille enfin sur le risque politique, domaine sur lequel il souhaitait réellement travailler. Ainsi, il est passé d’assureur (signe les contrats) à courtier (présente au client).

 

Explication de l’activité en « Political risk and structure credit insurance » :

Il y a deux aspects à cette activité :

  1. Political risk :

Les risques politiques concernent deux types d’acteurs :

– Les investisseurs : lorsqu’ils décident d’investir leurs fonds propres à l’étranger, il faut pouvoir leur proposer une couverture politique de cette mise à risque par le biais de police de confiscation ou de garantie d’investissement.

– Les exportateurs : lorsqu’ils lient des contrats à l’international avec un acheteur à l’international et que le contrat engage des frais, il faut pouvoir couvrir le risque d’interruption de contrat (par exemple en cas d’embargo ou annulation de licence d’exportation). Il faut de plus pouvoir couvrir le risque de non-paiement de l’acheteur, que l’on appelle le risque post-livraison.

  1. Structure credit : 

Il s’agit d’une structure de financement aux banques. En effet, un acheteur peut payer cash les obligations au titre du contrat, mais également faire appel à une banque pour qu’elle finance le contrat sous forme de prêt. L’acheteur utilise alors ces fonds pour payer et aura des termes de paiement avantageux. Cependant, la banque se trouve exposée à un risque de non-remboursement, et peut avoir des contraintes internes. En effet, les banques ont des enveloppes fixes pour investir dans secteur industriel, ou auprès de certaines contreparties qui sollicitent fréquemment la banque (problème d’enveloppe de contrepartie). On offre donc la possibilité de céder une partie de ces contrats aux assureurs pour ne pas à avoir à assumer le risque. Avec la crise de 2008, il a fallu rendre le système plus robuste et c’est en ce sens que ce type d’assurances se sont développées.

 

Le risque politique intervient fréquemment et est difficilement prévisible. Par exemple, des contrats ont été mis en pause à cause de la guerre au Haut Karabakh, ou encore en Russie à cause des sanctions économiques américaines. Les attentats font parmi des événements les plus compliqués à prévoir. Être courtier permet de faire le lien entre théorie d’un risque politique à l’international, et aspect pratique de ce risque. Il faut donc avoir une lecture fréquente de la presse internationale, et Fabien Segnarbieux s’informe donc principalement à travers la lecture du Monde diplomatique et de BRINK news (créé par Mash McLennan), et l’écoute de RFI.

Il existe toutefois des types d’assurances très diverses, comme des assurances pour enlèvement ou pour vol d’objet d’art. Il existe également un pan sur les risques émergents au sein des entreprises d’assurances, qui consiste à envisager ce qu’il se passerait dans 15 ou 20 ans, et anticiper en fonction de ces hypothèses. Par exemple, l’entreprise de Swiss Re a créé un rapport intitulé « SONAR » qui fait l’hypothèse de nombreux risques. Par exemple, il anticipe une rupture de chaîne d’approvisionnement en médicament, addiction à la e-cigarette…

Questions :

→ Quelles sont les différences de culture d’entreprise selon les structures ?

Cela dépend du pays : en France, cela peut être très compliqué. Mash McLennan étant américain, la culture du travail est beaucoup plus souple. La hiérarchie à la française n’est pas compréhensible pour les étrangers, et l’anglais et la culture d’entreprise anglo-saxonne permet de dépasser ça.

Fabien Segnarbieux souligne la diversité des profils universitaires de ses collègues : écoles de commerce, Sciences Po Paris, et MRIAE (avec lui) sont représentés. Le milieu se féminise énormément également.

 

→ Est-ce que le MRIAE suffit ou il faut se spécialiser ?

Cela dépend du domaine : dans son cas, Fabien Segnarbieux a passé trois certifications professionnelles en risk management qui lui ont coûté 3000 euros en tout. Le MRIAE enseigne bien l’économie et la comptabilité, mais pas assez tout l’aspect financier. Il ne faut néanmoins pas avoir peur du quantitatif, car il ne s’agit pas purement de mathématiques.

Il est donc possible d’essayer de travailler dans un premier temps après le diplôme avant de retourner aux études en cas de difficultés. Il est également possible d’envisager des études ou des formations complémentaires en parallèle au travail, par exemple au cours d’un contrat en alternance. Fabien Segnarbieux encourage également les étudiants à faire des formations aux outils de bureau type Excel, et de faire un maximum de formations en internes.

 

→ Au niveau du contenu de ses stages :

Au Monténégro il était assistant chercheur, ce qui revenait à faire des rapports. Par exemple, sur le droit à l’image comparé entre la Suède, la France et le Monténégro. À Sarajevo, il s’agissait à peu près des mêmes missions de recherches. De manière globale, le travail en think tank revient à réfléchir à un sujet qui pourrait dégager des fonds en étudiant les donateurs. Ensuite un brainstorming est effectué, à partir duquel est lancé une enquête de terrain, de presse, et d’archives également. Les thèmes abordés dépendent donc principalement des fonds obtenus, et donc de l’attractivité des thématiques étudiées : en 2020, le thème de la reconstruction dans les Balkans ne devrait pas avoir beaucoup de fonds, mais le thème de la guerre en Syrie et sa résolution pourrait avoir plus de fonds par exemple. Étant fortement liés à des intérêts de leur bailleur fonds et des couleur politiques de ces derniers, les résultats peuvent être biaisés. À titre d’exemple, l’Institut Brugel fera difficilement des critiques de l’Union européenne, qui finance une partie de ses recherches.

Cette dépendance aux bailleurs de fonds est un réel problème pour les think tanks, et mettent en exergue leur manque de financements. De la même manière, ils accumulent les CDD par manque de moyens. De plus, dans le cas des Balkans, on trouve rapidement des limites quand on ne parle pas la langue. Il vaut mieux se focaliser sur une langue qu’on connaît très bien plutôt que de multiplier les langues.

 

→ Quelle expérience a été déterminante dans votre embauche à Mash McLennan ?

Les expériences à l’étranger qui ont démontré l’interculturalité de son profil ainsi que sa polyvalence, mais surtout ses capacités en anglais, qui sont essentielles dans ce métier. Également, le lien entre son profil et le risque politique a grandement joué en sa faveur.

 

→ Comment les salaires évoluent dans le secteur de l’assurance ?

Les salaires sont élevés en général. Avoir travaillé à l’étranger puis revenir permet d’avoir un salaire élevé, car les salaires à Londres et New York sont plus élevés dû au coût de la vie, et majorent donc le salaire en France lorsqu’on revient. Néanmoins les assureurs sont moins bien payés que les banquiers, qui sont payés le double mais travaillent beaucoup plus.

 

→ Son expérience de VIE à New York :

Il faut bien faire attention aux différences culturelles, car même s’il s’agit d’une entreprise française, les habitudes ne sont pas les mêmes. De plus, un VIE ne permet pas de toucher le chômage.

 

→ Où postuler après le MRIAE ?

Pour un premier emploi, les programmes de jeunes professionnels sont une très bonne première expérience, car ils permettent souvent de remplacer des départs à la retraite. Si on est considéré comme junior pendant presque deux ans, ils garantissent le plus souvent un emploi stable à la sortie.

 

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