AT N° 8 : Jérôme Boniface

Après avoir été diplômé du MRIAE en 2001 Jérôme Boniface entre au Ministère des Affaires étrangères. Il travaille à l’ambassade française en Arménie pendant 1 an et demi, puis entame un second Master au European College à Natolin en Pologne. Il obtient un Master en Affaires  européennes en 2005 après avoir écrit un mémoire sur la stratégie et la politique de l’UE dans le Caucase du Sud.Après un poste en tant que Programme manager à l’ENA entre 2004 et 2006, il entre à l’Institut européen d’administration publique en tant qu’expert des relations externes de l’Union européenne à Maastricht. Il occupe ensuite un poste de Programme manager à la Commission européenne pendant 4 ans, entre 2011 et 2015. Depuis 2015 Jérôme Boniface travaille au Caire où il est attaché auprès du Service européen pour l’action extérieure.

I. Présentation

Selon lui, l’avantage du Magistère est qu’il est tourné vers le monde professionnel et comprend de nombreux stages. Il a notamment effectué un stage auprès de l’émission « Le dessous des cartes » puisqu’à l’époque de nombreux anciens élèves du MRIAE y travaillaient.

Globalement, il a surtout pu obtenir des postes non pas par la voie classique mais par le bouche-à-oreille, rencontres, hasard… Son 1er poste après le MRIAE était à l’ambassade française en Arménie pendant 2 ans en tant que volontaire international : constitue un changement de vie radical et était très intéressant. En Arménie, c’était une petite ambassade donc il avait beaucoup de responsabilités.
Leçon : pas mal de voir le monde d’ailleurs même si on reste dans une administration française.
Ensuite il a travaillé pour l’ENA dans les relations internationales. Cela restait donc un emploi dans l’administration française.
Puis, il est parti de la dimension française pour voir la dimension européenne. Après l’Arménie, il est reparti à l’étranger en étant dans une société de communication, de publicité. Il est notamment parti en Grèce, au Portugal pendant quelques mois afin de vendre des publicités à des journaux lui permettant d’obtenir des expériences à l’étranger.
Par la suite, il voulait travailler dans le domaine public donc il est entré au Collège d’Europe pour sortir de la dimension franco-française. Même si les cours étaient intéressants, le plus fascinant était l’aspect cosmopolite de la formation avec des étudiants de tous les pays (27 nationalités différentes), qui avaient d’autres manières de penser : ouverture d’esprit. A la suite de ce master, il a fallu chercher de nouveaux postes dans le domaine européen. Il a ensuite travaillé un peu à l’ENA, puis est parti à Bruxelles.
Il a trouvé un travail à l’Institut Européen de l’Administration publique pendant 4 ans où il devait : former des personnes d’Europe et de pays partenaires, faire des articles de recherche, … confirmation de l’ouverture européenne. Il est en fait spécialisé dans les relations à l’étranger de l’UE avec son voisinage (Balkans, Afrique du Nord, Europe de l’Est).
C’était une très bonne expérience mais il a changé de travail pour aller à la Commission Européenne après avoir passé le concours pour devenir contractuel (débouché naturel dans son parcours tourné vers l’Europe). Mais le problème est que la Commission était selon lui une administration très bureaucratique, très grande avec des choses plus ou moins biens, et le travail est répétitif. Sa première expérience à la Commission ne l’a pas beaucoup intéressé contrairement à ces précédentes expériences à cause de nombre important de règles et le peu de liberté dont il disposait.
Cependant, il ne veut vraiment pas généraliser, il y a énormément de postes intéressants à la Commission mais seulement son expérience qui était pauvre niveau diplomatie. Il est parti au bout de 4 ans de manière classique c’est-à-dire à travers des offres d’emploi et cela n’a jamais marché malgré 60 demandes minimums. Il put partir par la suite en délégation de la Commission Européenne en Égypte : relations extérieures, aide aux développements. Cela lui a vraiment plu car il était au contact même des bénéficiers et gérait l’aide au développement pour la société civile égyptienne dans un contexte difficile mais intéressant de son point de vue. Il a donc eu une autre vision et expérience de la Commission. Mais toujours certains problèmes récurrents de la Commission : beaucoup d’administratif et moins de terrain ainsi que de contenu.
Enfin, il voulait encore travailler dans le domaine de la société civile mais de l’autre côté : il travaille à Bruxelles pour une ONG toujours dans le domaine de l’aide au développement mais cette fois-ci pour le monde entier.

II. Questions des participants

➔ Dans quelle direction de la Commission avez-vous travaillé ?
Direction générale Neighbourhood and Enlargement Negotiations (DG NEAR), aide les pays voisins de l’Union Européenne à s’insérer dans l’UE, il s’agit vraiment de l’aide à court termes pas plus d’une semaine. Ex : organiser des séminaires directement dans les pays ou Bruxelles, des visites d’étude dans le domaine de la justice à Bruxelles … l’outil en lui-même est bien fait, il a permis à beaucoup de pays voulant intégrer l’UE d’aller voir leurs homologues pour apprendre davantage. Ex : apprendre les spécificités du Droit européen, … Mais c’était beaucoup d’organisation, de logistiques : organiser des rencontres par exemple donc ce n’est pas très poussé intellectuellement.

Avez-vous remarqué des différences entre les délégations européenne et ambassade française (au niveau de la diplomatie) ?
La grande différence est le niveau de la puissance financement qui est plus important pour l’UE par rapport à la France. Mais paradoxalement, même si l’UE a énormément d’argent, contrairement à la France elle n’a pas une position et un poids politique aussi fort. L’UE ne se sert pas suffisamment de ses moyens financiers à des fins politiques. Cependant, comme l’UE n’a pas un intérêt stratégique elle est plus libre de parler de droits humains. Ex : la France ne critique pas tellement le régime égyptien et l’état des droits humains à cause de nombreux liens financiers et commerciaux.
L’administration française est très hiérarchique et formelle ; alors que cela n’existe pas du côté européen. Mais dans l’administration française, il y a une bonne méthode de travail et une manière positive de travailler qui est très pointue.

➔ Collège d’Europe : comment l’intégrer, quelles formations y sont proposées ?
On y rentre sur dossier, à l’époque il a eu le soutien de l’ancienne professeure de Russe du MRIAE.
Il a ensuite passé un entretien.
Il y a deux campus :
– Bruges en Belgique = le plus grand et ancien accueillant 400 élèves. Il est spécialisé en droit et
en économie et est réputé pour ces deux disciplines notamment le droit de la concurrence très
important quand on veut travailler dans l’UE.
– Natolin en Pologne (où il est allé) : plus récent, accueille 200 étudiants. J. Boniface s’était
spécialisé dans la diplomatie. Il a choisi ce campus pour voir le processus d’élargissement de
l’UE avec l’intégration de la Pologne en 2004 (voir en quoi l’UE transforme les pays partenaires).

Conseils pour la candidature ou pour l’entretien au Collège d’Europe ?
Ce qu’il a remarqué était qu’il y avait beaucoup de personnes très curieuses qui s’intéressent à tout ; donc il recommande de mettre en avant nos expériences variées ainsi que les langues européennes que l’on parle puisque cela sera valorisé.

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