AT N°7 : Stéphanie Masure Bathily

Stéphanie Masure Bathily entre au MRIAE en 1995. En parallèle de sa formation au sein Magistère elle passe un diplôme de science politique à l’institut des Hautes études sur l’Amérique latine. Une fois son diplôme obtenu en 1998, Stéphanie Masure Bathily commence a travailler à l’Observatoire géopolitique des drogues pendant 2 ans. En 2000 elle entre à la Division politique et économique de la Commission européenne à Pretoria en Afrique du Sud. Spécialiste de l’analyse politique internationale, elle travaille depuis 2002 au Service européen pour l’action extérieure, d’abord à Dakar au Sénégal pendant 14 ans auprès de la division politique, presse et information, puis à Bruxelles depuis 2016 auprès de la division en charge de l’observation de la démocratie et des élections.

I. Présentation

Diplômée du MRIAE 1998, elle a passé 2 ans dans un ancien centre de recherche à Paris spécialisé dans la géopolitique des drogues, l’Observatoire Géopolitique des Drogues. Elle avait effectué un stage de longue durée entre sa 2ème et 3ème année du MRIAE et a pu obtenir le statut de salarié par la suite. (NB : ces stages de longue durée sont importants et peuvent déboucher sur un 1er poste donc il faut vraiment choisir un stage dans un endroit qu’on aime).

Ensuite, l’OGD a fermé ses portes donc elle s’est reconvertie. Elle est alors partie avec une autre personne du MRIAE faire un documentaire photos sur la place des femmes au Kirghizstan pendant 4 mois ; ce documentaire était financé par une bourse du Ministère de la jeunesse et des sports. Cependant, avant de partir, elle avait effectué un entretien pour participer à un programme de jeune expert de la commission européenne et a été informée de sa sélection lors de son retour du Kirghizstan. Elle est experte dans la délégation européenne à Pretoria en Afrique du Sud au sein de la section politique et travaillait sur un plan régional de lutte contre les drogues. De plus, elle a travaillé sur la localisation et destruction de cache d’armes au Mozambique. Elle y est restée 2 ans.

Elle a trouvé l’univers des institutions européennes très intéressant. Elle a donc postulé depuis l’Afrique du Sud à des postes d’agents contractuels dans d’autres délégations en Afrique. Elle a été prise à la délégation de la commission européenne à Dakar. A l’époque, on parlait de « délégations de la commission européenne » où 95% du travail consistait à la coopération et au développement dans tous les domaines (rural, infrastructure, gouvernance politique, économique, finance). Mais puisqu’elle travaillait sur le domaine politique en Afrique du Sud, elle a pu être détaché auprès du Chef de la Délégation de l’UE pour travailler sur le suivi politique. Avant la création du service européen d’action extérieur. En 2011-2012, le service européen d’action extérieur a été mis en place et la délégation de la commission européenne est devenue délégation de l’UE. Les délégations ont obtenu un mandat politique qui était avant dévolu aux États membres présents sur place. Les délégations étaient surtout vues comme des bailleurs de fonds. Avant le domaine diplomatique et politique était pris en charge par les États membres maintenant, la responsabilité politique et diplomatique repose sur les délégations. Ex : lorsqu’il faut faire des démarches auprès des autorités nationales sur les droits de l’homme à partir de 2011 ce n’est plus l’État membre qui fait tout seul la démarche mais ce sont les délégations qui représentent les États membre. Certains États membre l’ont perçu comme une perte de compétence ; pour les autorités nationales cela a beaucoup changé les choses car elles n’avaient plus affaire à 15 interlocuteurs mais à un seul. MAIS ce changement c’est bien passé. A ce moment-là, a été créé des sections politiques et Mme Masure Bathily est devenue attachée politique à Dakar.

Elle a demandé sa mutation au siège, mais puisqu’elle n’est pas fonctionnaire européen mais agent contractuel de l’UE, cette mutation n’a pas été facile. Depuis 2016, elle travaille au Service Européen d’Action Extérieur dans une direction (thématique) qui s’occupe des affaires globales et multilatérales (une énorme direction) Ex : unité en charge du climat, une unité en charge des droits de l’homme, des questions économiques, questions de sécurité, … Elle travaille dans une division intitulée « démocratie et observations électorales ». Ils sont 8 Policy Officers : 7 sur les missions électorales (toutes les missions d’observation électoral dans tous les pays du monde sauf ceux de l’OCDE) et elle s’occupe de la démocratie. Rôle : faire de la formulation de politiques publiques sur les questions liées à la protection et promotion de la démocratie. Exemples de projet :

– Elle a travaillé sur la rédaction et négociation de conclusions du Conseil Européen sur la démocratie qui ont été adoptées en 2019 (engagement politique de l’UE en faveur de la démocratie); ce texte fixe le cadre de l’engagement de l’UE pour la protection de la démocratie pour les années à venir comme valeur universelle.

– Dernièrement, elle a travaillé pdt 2 ans sur le 3ème plan d’action de l’UE pour les droits de l’homme et la démocratie couvrant les 5 prochaines années et fixant les actions prioritaires de l’UE pour promouvoir et défendre les droits humains et démocratie dans le monde.

– En ce moment, elle travaille sur la définition d’un plan d’action pour la démocratie interne à l’UE : mettre des EDL sur la nécessité de mieux concilier les efforts faits à l’étranger avec ceux faits pour protéger la démocratie à l’intérieur de l’UE.

Elle a aussi demandé à faire une mission d’observation électorale à l’étranger tous les ans.

Son opinion sur le travail en institutions européennes :

Points positifs :

– Passionnant,

– Environnement dynamique, multiculturel (avant tout était en français mais maintenant tout est en anglais//elle travaille avec des personnes de toutes les nationalités,

– Offre la possibilité de travailler en Europe et à l’Étranger dans un contexte agréable car ils ne font pas du bilatéral où ils devraient défendre les intérêts d’un pays ou acteur en particulier. Ils font du multilatéral et travaillent à partir de valeur de l’UE. Les valeurs de l’UE constituent une véritable valeur ajoutée.

Points négatifs :

– Il faut savoir s’adapter car il y a beaucoup de différences culturelles, dans la manière de travailler notamment et il faut tout le temps se remettre en question.

– Énormément de travail à cause du manque d’effectif. Ex : 1,5 personnes pour la démocratie pour couvrir le monde entier ou encore, 15 pour les droits de l’homme pour le monde entier. Même s’il y a le réseau des délégations européennes qui aident à contribuer une politique européenne dans ces domaines.

II. Questions des participants

➔ Précision sur la carrière européenne

Il y a différentes voies :

• Concours : parcours du combattant qui se travaille sur la durée ; elle ne connait personne qui le réussit du premier coup. Mais tous ceux qui essayent 3-4 fois finissent par l’avoir. Ce qui est notamment difficile : les tests psychotechniques au début très ingrats. Une fois cette 1ère partie, le reste est ciblé sur la matière. Cependant, il y a aussi des concours par langue de l’UE où il y a plus de places. Ou encore, des concours spécialisés. Ex : douane, audit, sécurité. Sachant qu’une fois qu’on a un pied dans l’institution, on peut se réorienter facilement au sein des institutions et services de l’UE donc il ne faut pas hésiter à postuler à ces concours très spécialisés si on a les compétences.

• Agents contractuels : il faut s’inscrire sur des listes, des « castes permanents » et si on postule pour un poste dans une institution et qu’on est short-lister EPSO invite à être contractuel en suivant jusqu’au bout une procédure.

• « Junior professional » : (équivalent de ce qu’elle a fait) permet aux personnes sélectionnées de partir en délégation très intéressant et rémunéré.

• Il y a l’équivalent au siège : « Blue book trainees » (ou « stagiaire livre bleu ») durant 6 mois (rémunéré). Il y a des passerelles leur permettant de devenir agent temporaire dans les institutions européennes et de passer des concours internes (alors que même les contractuels n’ont pas le droit). Cela est surtout possible à la Commission.

Conseil : se rendre sur le site de l’EPSO qui centralise toutes les publications de concours et toutes les publications de recrutement pour les agents contractuels.

➔ Quelles langues parle-t-elle ? qu’est-ce qui lui a servi dans sa carrière ?

Pour avoir un poste au sein de l’UE on doit prouver sa capacité de travailler dans une 3ème langue cad 2 langues en plus de la langue maternelle. Au MRIAE, elle faisait de l’espagnol. Lorsqu’elle était à Dakar, elle a dû repasser un test d’espagnol pour fournir un diplôme. Le niveau demandé dans la 3ème langue est un niveau B2.

Même si au quotidien elle ne parle qu’en anglais, le fait dans parler plusieurs langues est très valorisé. De même tout type d’expérience à l’étranger (professionnel ou loisir) est à mettre en avant et sera valorisée.

Depuis 2 ans, de plus en plus d’attention sur les menaces liées au mauvais usage des technologies.

Au service extérieur, ils ont créé des pôles au niveau d’une direction général StratCom. Ces pôles travaillent de façon ciblée sur la Chine, la Russie et les pays du Golfe donc le fait de parler chinois, russe ou arabe est très valorisé également.

Comment se déroule la préparation d’une mission électorale en amont ? comment cela se passe sur place ?

Le service européen d’action extérieur est responsable pour organiser et envoyer les missions de d’observation électorale dans tous les pays sauf les pays de l’OCDE. Tous les acteurs de l’observation électorale adoptent la même méthodologie avec des principes communs.

Tous les ans, ils regardent toutes les élections planifiées dans l’années à venir. Sur la base de cette liste, ils consultent les collègues de la division géographique concernée pour faire une liste prioritaire pour savoir dans quel pays ont envoi une mission électoral (budget limité). Pour les classer : regarde si la mission aura un poids ou non.

– Pas d’impact dans un régime dictatorial (pas de volonté politique). MAIS des fois, certaines dictatures demandent à l’UE d’avoir une mission afin de légitimer leurs élections truquées. Cela pose l’UE dans une situation délicate : il y a des pays importants sur certains domaines (économique par exemple) à qui l’UE ne peut pas refuser d’envoyer une mission d’observation électorale ; ils décident alors d’envoyer quelques experts.

– Pas de mission d’observation quand tout va très bien.

– Ils envoient dans des pays qui pourraient profiter des recommandations de la mission.

Cette liste est discutée avec le Parlement Européen puis est enfin validée au Conseil par les États

membres de l’UE. Une fois la liste établie, ils se mettent en contact avec les délégations, leurs missions restent à 4-5 mois sur place. En général, ils détachent des observateurs jusqu’à deux mois à l’avance afin d’analyser la pré-campagne, la campagne, l’accès des candidats aux médias, la législation, les réseaux sociaux…

Ils restent sur place jusqu’au dernier recours juridique. Ces missions s’installent dans le pays sur la longue durée pour avoir une vision large.

Il y a un cor-team : petit groupe de gens avec des experts (média, juridique, …) et un chef qui est un parlementaire. Ils observent le déroulement des élections à la fois dans la capitale et dans les zones éloignées. Il y a 30 critères d’analyses dont : des critères juridiques, fonctionnement des partis politiques, inclusion des femmes, inclusion des jeunes ou des minorités dans le processus électoral, droits humains, violence, conflit… Ces observateurs font une déclaration le jour de l’élection au nom de l’UE et à leur départ sur ce qu’elles ont observé. A leur départ, elles rendent public leur rapport (80 pages : évaluation ultra détaillée et technique). Cela représente une énorme valeur ajoutée pour tous les acteurs électoraux.

– La société civile

– Les juristes

– Les autorités

1 an ou 2 ans plus tard : l’UE retourne pour vérifier dans le pays afin de vérifier l’état des élections. Ces missions sont suivies sur la durée et l’UE regarde la mise en œuvre des solutions proposées entre plusieurs élections. Si rien n’est fait, l’UE abandonne car elle considère qu’il n’y a pas de volonté politique du pays de changer.

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