Apéro-thématique n°6 avec Olivier Brouant :

Le 06 décembre 2020

  • Présentation :

Olivier Brouant avait effectué son service militaire au Japon juste après le Magistère, duquel il a été diplômé en 1989. Ayant fortement apprécié le pays, il y est resté un an de plus afin d’apprendre la langue. À l’époque, il avait lancé le projet avec des amis de racheter des titres de dettes dans des pays en voie de développement, pour pouvoir ensuite essayé de convaincre les pays de rembourser en monnaie locale cette dette. Cela lui a permis d’avoir une première approche du domaine de l’humanitaire, et de rapidement de travailler avec des ONG sur ce projet. Également, il a notamment mené ce projet avec la Banque du Sri Lanka. C’est ainsi qu’il a pu travailler comme employé en ONG, mais d’abord sur des postes plutôt axés sur les finances et la comptabilité. Cela ne lui avait pas beaucoup plu, mais il a rapidement pu accéder à des postes de coordination.

Tout d’abord, il a travaillé pendant six ans à Action contre la Faim, lui permettant d’exercer dans de nombreux pays : Mali, Cambodge, Somaliland, Haïti… Il est ensuite entré à Médecins sans frontière Belgique, où il a travaillé comme coordinateur et chef de bureau en fonction pendant 3 ans et demi, en Inde puis au Rwanda. Ces expériences en ONG lui ont permis d’acquérir une spécialisation dans le désastre, notamment grâce à un poste de 14 mois à Haïti, juste après le tsunami de 2004 pour Action contre la Faim. Cette spécialisation lui a permis de postuler comme coordinateur de désastres à la Direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire européennes de la Commission européenne (ECHO), qui est le principal bailleur de fond pour l’aide humanitaire.

Lorsqu’on entre à l’ECHO, on est au départ considéré comme un « expert » avec un contrat de mission de 1 ou 2 ans. C’est seulement avec l’expérience que l’on accède à des postes de 4 ans dans un pays. À chaque fin de contrat il est nécessaire de changer de pays d’affectation. Il avait ainsi travaillé à New Dehli au bureau de l’Asie du Sud, mais également aux bureaux régionaux du Sri Lanka (après la guerre civile), du Bangladesh, et du Tchad (où différents niveaux de crises s’interpénètrent).

Il travaille actuellement depuis un an au bureau régional pour l’Asie du Sud-est en Thaïlande. Ses missions consistent à coordonner l’aide d’urgence en cas dans désastre humain ou naturel, puis de monitorer en fonction des financements.

  • Questions :

Qu’est-ce que la coordination générale ?

Il s’agit de l’équivalent d’une petite entreprise avec du personnel, des projets à faire avancer, des équipes à manager. Il faut également prendre en charge tout le côté de représentation et les fonds à dégager. Par exemple, engager des discussions avec les autres ONG, les autres agences et gouvernements.

Qu’est-ce qui lui a permis d’entrer en ONG ?

Son profil était trop généraliste pour entrer en ONG où des profils très techniques sont sollicités. Pour démarrer, passer par l’administration, la gestion, la comptabilité peut être une bonne porte d’entrée.

Des conseils pour commencer dans l’humanitaire :

Se porter volontaire, comme par exemple dans le réseau européen, qui redistribue ensuite les candidats dans des ONG. Cela permet d’essayer, et représente également une bonne formation pratique, sans empêcher de s’insérer dans une vie professionnelle plus pratique par la suite.

Les différences de culture entre ONG / Europe :

Lorsqu’on travaille dans une ONG, on est plutôt volontaire, on est plus jeune et plus aventurier. Le travail de coordinateur dans une ONG demande beaucoup d’énergie, et l’aspect de la gestion du personnel peut être délicat dans un environnement sous pression et soumis à des mesures de sécurité. À la Commission, il n’y a pas du tout cet aspect de gestion RH. Également, chaque ONG à sa culture, ses croyances : cela peut être un peu lourd parfois lorsqu’on voit les choses différemment, ou que l’on souhaiter mener un projet différemment. La Commission rémunère mieux également.

Pour être recruter à l’ECHO, il faut s’inscrire sur un site. Il faut avoir eu une bonne expérience dans une ONG ou une agence (4 ou 5 ans) soit multisectorielle, soit très spécialisée dans un secteur technique (hydrologie, santé publique, médecine). Être spécialisé dans la protection (formation en droit international humanitaire et en droit des réfugiés) pour travailler au CICR ou au HCR peut représenter un atout. L’idéal serait d’obtenir une expérience qui permettrait d’incarner une représentation nationale dans le pays.

La vie en tant qu’expatrié :

Les contrats de l’ECHO prévoient une rotation tous les 4 ans, sauf pour les pays difficiles où il s’agit d’une rotation tous les 2 ou 3 ans (par exemple en Afghanistan ou au Sud Soudan). Les expatriés vivent un peu dans une bulle car ils ne se sentent ni complètement Français, ni local. Cependant, cela peut dépendre de l’état d’esprit de la personne. Avec le temps, il est possible de ressentir l’impression d’être un touriste en France. Les avantages sont d’être à l’extérieur de la vie quotidienne des locaux, et ainsi d’avoir un regard plus objectif sur les problématiques sociales. C’est toutefois un mode de vie très privilégié, surtout dans des pays où la sécurité est un problème.

Les remises en question :

Avec le temps, il devient nécessaire de prendre du recul pour se protéger lorsqu’on est spectateur de l’impact immédiat de certains désastres. Face au succès des opérations d’urgences post-désastres, cela permet de relativiser. Mais au fond, il s’agit vraiment d’un engagement à avoir.

Dans quel pays il a préféré travailler :

Au Rwanda pour Médecin Sans Frontière, où il a pu travailler sur la prise en charge du SIDA. Son équipe ont pu voir l’impact de leur action au bout d’un an et demi : ce fut donc une fierté car la mission a pu aisément se dupliquer dans le pays et ainsi prendre fin.

Son travail en Thaïlande et en Asie du Sud-est :

Il s’agit principalement de surveillance (monitoring) de l’Asie-Pacifique d’un point de vue météorologique. À titre d’exemple, les cyclones sur les Philippines et au Vietnam dont cinq ou six ont été significatifs, ont poussés la Commission à attribuer des fonds à ces deux pays (1 million 9 pour le Vietnam, 2 millions pour les Philippines). Ainsi, il s’occupe majoritairement de gérer ces fonds alloués à la réponse des désastres météorologiques. Par exemple, ces fonds sont utilisés pour acheter des bâches pour la population afin qu’ils se protègent des intempéries.

Cependant, il existe également des mécanismes de financement pour prévoir les désastres, qui sont eux plus annuels. Olivier Brouant s’occupe lui des fonds ad hoc.

La liberté de prendre des initiatives par rapport aux directives européennes :

Il existe un document type de projets que les partenaires (ONG, etc) doivent remplir avec des objectifs vérifiables, un background, et d’autres critères. Après vérification, ce document devient un document de contrat. L’ONG et le directeur technique (en l’occurrence notre invité) s’y réfèrent pour prendre des décisions. Il s’agit de documents très détaillés pour former des projets concrets.

Il est néanmoins nécessaire pour le directeur technique qui représente la Commission de faire un rapport détaillé sur l’ONG, afin de s’assurer que tout est en règle et que celle-ci n’a pas caché des éléments. Les fonds sont très rarement mal utilisés, mais si les objectifs ne sont pas atteints, l’ECHO peut demander un remboursement. Il est de plus impossible de financer directement les ONG nationales.

La coordination des opérations des structures en place à Haïti :

Les opérations pendant les désastres rendent la coordination compliquée et souvent s’auto-suffisent. Il y a également la pression de la rapidité car en cas de lenteur, il y a une perte de légitimité du projet. Ou encore la question de la recherche de fonds. Au final, les réunions entre les ONG et autres instances peuvent se multiplier et le concret est souvent oublié.

Les langues dans le domaine de l’humanitaire :

La langue la plus importante à connaître est l’anglais bien sûr. Des langues rares peuvent être un bonus sur le CV, mais ne servent pas automatiquement dans une carrière dans l’humanitaire. À l’ECHO, il est nécessaire de parler deux langues dont celle qui est notre langue maternelle : un examen est donné pour vérifier ces compétences.

Les contraintes légales des pays sur le champs d’action :

Quand il y a un conflit interne et que le règne de la loi est assez bas, il faut pouvoir en tirer profit pour pouvoir accéder aux populations. Il y a un double-jeu avec les normes légales et il est nécessaire d’être prudent pour pouvoir aider les populations tout en ne dépassant pas de manière ouverte la barrière légale. Au Sahel par exemple, les travailleurs d’Acted se retrouvent souvent dans des zones extrêmement sensibles et dangereuses.

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