AT n° 5 avec Monica Jahangir

Après une double licence en droit français et droit anglo-américain à l’universitaire Paris X Nanterre,

Monica Jahangir est admise au Magistère du MRIAÉ en 2011. Pendant ses études au MRIAE elle s’intéresse au monde des ONG et fait plusieurs stages au sein d’associations telles que 1001 Fontaines (ONG française qui a pour but d’améliorer l’accès à l’eau potable dans le monde), Convergences (ONG spécialisée dans le développement durable) ou encore UnLtd à Londres (organisation spécialisée dans l’aide aux entrepreneurs sociaux). 

Son diplôme en poche en 2014 elle rejoint le groupe SOS (regroupement d’associations qui ont pour but de lutter contre toutes les formes d’exclusion) en tant que stagiaire pendant six mois, puis elle part à Katmandou où elle travaille dans la branche de Coopération internationale (plus spécifiquement le portefeuille Education) de la Délégation de l’Union eurofpéenne au Népal. Elle rentre en France en 2015 et commence à travailler pour l’ONG ATD Quart Monde. Après un an passé au siège de l’ONG à Paris elle part à New York en tant que représentante d’ATD auprès de l’ONU, poste qu’elle occupe toujours aujourd’hui.

  1. Présentation 

Au sein du magistère, Mme Jahangir avait choisi le parcours action politique et culturelle en 3ème année, puisqu’elle voulait travailler dans le monde de la coopération internationale, développement international sans avoir de but précis. Elle est née à Paris mais à des origines bangladaises donc elle allait régulièrement au Bangladesh et a constaté une grande pauvreté dans ce pays. Elle était certaine qu’elle voulait travailler dans le monde de la coopération et de l’éradication de la pauvreté mais ne savait pas si elle préférerait le secteur institutionnel ou un secteur ONG. 

A la suite du magistère, elle a fait un stage auprès d’une délégation de l’Union Européenne au Népal à Katmandou dans la branche éducation. Sa mission : travailler sur la réforme du système éducatif au Népal pour l’ouvrir davantage aux filles et aux enfants qui ont un handicape. Le sujet était sur le papier était très intéressant mais, elle s’est rendue compte que le milieu institutionnel n’était pas fait pour elle, le système bureaucratique lui semblait artificiel. Afin de mener à bien ce type de projet, elle pense qu’il fallait aller beaucoup plus sur le terrain, voir la situation concrètement au sein des écoles plutôt que d’écrire un projet de réforme depuis son bureau. Il n’y avait pas assez d’excursions sur le terrain et elle n’a pu en faire qu’à la fin du stage. 

Par conséquent, elle n’a pas accepté le poste de junior officer au sein de l’UE et a alors cherché du travail en ONG en France. Elle a donc rejoint en 2015 l’ONG ATD Quart monde un an après la fin du magistère et avec qui elle est toujours. Elle a découvert cette ONG lors d’une conférence d’un membre d’ATD en charge de recherche participative internationale. En effet, ATD crée des espaces de participations pour que les communautés les plus pauvres et vulnérables puissent se faire entendre notamment dans la création des politiques de développement qui affectent leur vie de tous les jours ; ce sont surtout les personnes les plus touchées qui doivent participer aux politiques de développement. Elle avait trouvé ça fascinant qu’une ONG donne la parole aux communautés touchées pour qu’elles puissent dire que les programmes de l’ONU notamment ne sont pas adaptés à leur besoin. C’est ce qui manquait lors de son stage à la délégation européenne, où elle avait remarqué que le travail de l’UE pouvait parfois être déconnecté de ces communautés. 

Le seul moyen pour intégrer cette ONG : faire un stage ; Mme Jahangir a donc effectué un stage de 8 mois dans le pôle secrétariat des relations internationales pour ATD Quart Monde. Elle a donc aidé à monter un nouveau projet de recherche participative : comprendre, définir les dimensions de la pauvreté depuis la perspective des personnes qui vivent dans l’extrême pauvreté. 

 A la fin du service civique, l’ONG lui a proposé de continuer soit en rejoignant l’équipe aux philippines soit à l’ONU à New-York. Mais pour des raisons personnelles, elle a choisi le poste à NY (visa de travail américain obtenu grâce au diplôme de RI du Magistère). Elle était alors représentant aux Nations Unies d’ATD Quart monde en 2017. Même si l’ONU est une instance faite pour les gouvernements, la société civile à sa place. Son travail consiste à suivre toutes les commissions organisées par le « the economic and social Council » (ECOSOC) relatives au développement social, éradication de la pauvreté, développement durable, personnes avec handicape, peuples indigènes, personnes âgées… A la fin de ces commissions, ils adoptent des résolutions et le travail des ONG = essayer d’influencer le contenu de ces résolutions.  Il y a 2 volets : 

  • Travail de stratégie politique et comprendre les relations de pouvoir entre États membres : repérer quels sont les États membres qui sont intéressés par le plaidoyer de l’ONG. Ex : France, pays scandinaves, les pays en développements affectés par le changement climatique. 
  • Communication et évènementiel : conférences, webinaires où ATD essaye d’amener la voix des personnes qui vivent dans l’extrême pauvreté. A l’ONU, la plupart des conférences sont menées par des diplomates ce qui fait que les ONG ont un temps de parole très faible. Donc l’ONG dans ses évènements essaye de d’abord donner la parole aux personnes défavorisées et ensuite faire réagir les ambassadeurs (pas le protocole onusien). Ex : 17 octobre journée mondiale pour l’éradication de la pauvreté, le thème était la justice sociale et environnementale. ATD a organisé une conférence et a essayé d’avoir des vidéos de personnes qui sont déplacées en RDC par le désastre naturel. 
  1. Questions des participants 
  • Combien de langues parlez-vous ? 

Elle parle : français, anglais, espagnol et bengali. En général, à l’ONU les personnes parlent français, anglais et espagnol. 

  • Est-ce qu’il y a des instances de représentation ? comment est-ce que l’ONG décide les plateformes sur lesquelles elle s’engage ? comment s’articule le travail des ONG avec les groupes d’engagement ? 

Il y a différents processus à l’ONU en termes d’engagement de la société civile. A ATD Quart monde, ils suivent 2 processus : 

  • ECOSOC a une série de commissions : commission sur le développement social (février tous les ans) et commission sur le statut des femmes (mars tous les ans). Ex : en 2020, la commission sur le développement social a pour thème l’impact des technologies digitales sur le développement social. Le rôle est d’apporter la perspective d’ATD et des membres qui vivent dans l’extrême pauvreté sur ce sujet. Notamment, ils vont organiser un webinaire sur les obstacles créés par l’éducation à distance pour les populations les plus pauvres ou le rôle des algorithmes qui ont tendance à exclure les personnes plus vulnérables. 
  • Agenda 2030 pour le développement durable : en juillet forum politique de haut niveau de l’ONU où les États membres présentent le progrès dans la mise en œuvre de l’agenda au niveau national. Ce processus lancé en 2015 engage énormément les ONG qui suivent ce que disent les différents gouvernements et de faire leur propre évaluation de ce qu’ils disent. Le problème à l’ONU : il n’y a pas de processus de redevabilité, les résolutions adoptées à la suite des commissions ne sont pas contraignantes. De plus, la place donnée à la société civile est très réduite. Les ONG organisent donc d’autres évènements parallèles pour pouvoir amener leur propre perspective tout en invitant des États membres.  
  • Est-ce qu’il y a aussi un aspect bureaucratique, donc des blocages et un manque de liberté à l’ONU comme ce que vous avez pu rencontrer en étant dans une délégation européenne ? 

Les stages de délégation Européenne peuvent être intéressants. Par exemple, la délégation européenne au Népal a à la fois :  

  • Un aspect diplomatique avec un service politique en charge de surveiller, regarder la vie politique du pays et renvoyer des informations à Bruxelles. 
  • L’aspect coopération international : l’UE est le plus grand bailleur de fonds, donne beaucoup d’argent au Gouvernement Népalais. Cependant, elle avait l’impression que chaque organisation internationale imposait ses propres deadlines, ses propres projets sur un Gouvernement fragile tel que le gouvernement népalais. 

De plus, elle trouvait lors de son stage que la relation avec la société civile était artificielle. 

MAIS elle nous encourage à explorer ce domaine, essayer de faire un stage dans une délégation européenne car cela est tout de même intéressant. 

Ce qui est différent à l’ONU c’est qu’elle ne travaille pas pour l’ONU mais représente une ONG (ATD Quart Monde) aux Nations Unies. La relation est différente ; lorsqu’elle était au Népal elle était du côté bailleur du fonds puisqu’elle représentait l’UE et non pas côté société civile. Alors qu’à l’ONU, elle est du côté des moins représentés. Elle préfère avoir moins de pouvoir mais pousser pour que ses propres valeurs voient le jour dans une importante organisation internationale comme l’ONU où les ONG ont de moins en moins d’influence. 

  • Avec quels pays ATD Quart monde travaille-t-il ? 

Dans les années 50, il y a avait beaucoup de bidons-villes vers Paris. ATD Quart monde a commencé dans un bidon ville à Noisy-le-Grand ; il a été créé par des personnes qui vivaient dans la pauvreté. C’est à partir des années 60, qu’ATD Quart monde a connu une présence aux USA avec la politique « War on poverty » sous le président Lyndon Johnson. 

Cette ONG en particulier ne s’impose pas dans les pays mais va dans les pays qui l’invite. Il y a actions : 

  • Actions terrains : mener des actions communautaires pour les enfants ou adultes dans les quartiers les plus défavorisés. Ils sont dans une trentaine de pays : Européens, en Afrique, Amérique Latine et en Amérique du Nord mais pas en Asie. 
  • Action de plaidoyer.  

Les actions sont très locales, à la recherche de la personne la plus exclue et discriminée. Les personnes d’ATD ont un mode de vie modeste pour être le plus proche possible des valeurs qu’ils défendent. 

Ce qui est bien selon elle avec cette ONG c’est que notamment à New-York elle fait à la fois du plaidoyer et aussi du terrain comment à Brooklyn (beaucoup de shooting) lui permettant de ne pas être déconnectée du monde. A la fois, elle a beaucoup de contacts qui sont des diplomates et des ONG mais elle peut aussi être avec des enfants qui ont une vie difficile comme la communauté africaine-américaine à Brooklyn pas dans une bulle mais dans les deux mondes. 

  • Recrutement : faut-il obligatoirement un service civique ? 

Elle a dû faire un service civique car elle voulait tout particulièrement suivre un projet d’ATD Quart Monde. Mais en général, c’est une organisation où les valeurs priment sur les qualifications donc pas de fiches de postes toutes prêtes. Pour découvrir ATD : weekend de découverte pour présenter l’ONG mais pas de recherche de personnes spécifiques. Ce qui est important ce sont les actions et l’expérience sur le terrain. Elle ne parle pas pour toutes les ONG. 

  • Avant votre expérience à la délégation de l’UE avait vous déjà des expériences dans l’humanitaire ? 

Avant elle était dans l’entreprenariat sociale, elle avait même formé une association au MRIAE. 

  • Avec quels acteurs l’ONU ATD Quart monde travaille-t-elle ? 

Il y en a 3 : 

  • Les autres ONG 
  • Les États membres : conseillers qui suivent les affaires économiques et sociales. Ex. : bonne relation avec la France. 
  • Agences onusiennes : surtout le secrétariat des Nations Unis (le département des affaires économiques et sociales) + Unicef + PNUD (programme des Nations Unies pour le développement). 
  • Est-ce qu’il y a des consultations entre ONG, un plaidoyer commun ? 

Elle représente à la fois ATD à l’ONU et depuis avril 2020, elle est coprésidente du comité des ONGs qui suit la commission sur le développement social notamment. 

Rôle = 

  • Présenter un plaidoyer unifié entre toutes les ONGs qui participent à la Commission : présenter des résolutions pour la société civile. 
  • Former les petites ONG au système onusien, les guider et leur donner les bons outils.  
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