Apéro Thématique n° 4 du 6 novembre 2020 avec Emmanuelle MARCHAND

Mme Marchand est actuellement conseillère de coopération et d’action culturelle pour l’ambassade de France en Malaisie, elle travaille depuis 10 ans pour le Ministère des Affaires étrangères. Elle a notamment travaillé comme rédactrice à la sous-direction d’Extrême-Orient au Quai d’Orsay.

De plus, Mme Emmanuelle Marchand a occupé des postes à l’étranger en tant que 1ère secrétaire à l’ambassade de France au Japon, mais aussi comme attachée culturelle au consulat général de France à Boston.

  1. Présentation 

Avant le magistère, elle a fait une L2 en géographie, une licence en chinois et une L2 en japonais à Inalco. Elle a effectué le MRIAE entre 2003 et 2006 où elle avait choisi la filière monde des affaires en 3ème année (même si par la suite, elle a fait de la diplomatie). Elle a fait un stage en fin de Mag1 à auprès d’attachés culturels à l’ambassade de France à Pékin pendant 3 mois. 

Au début de sa 3ème année de magistère, elle s’est inscrite au concours de catégorie B de secrétaire de chancellerie par curiosité, qu’elle a réussi. Elle a alors commencé à travailler en mai de cette année-là et a continué pendant 2 ans. Elle était donc au ministère à la direction de communication et de la presse où son travail consistait à inviter les journalistes étrangers en France. Elle a tout de même terminé son mémoire de 3ème année du MRIAE durant l’été afin de terminer le magistère. 

Parallèlement, elle a passé le concours de catégorie A cadre d’Orient, qu’elle a réussi au bout de 2 ans. Elle a ensuite alors travaillé à Paris dans la direction générale en tant que rédactrice à la sous-direction d’Extrême-Orient pendant 1 an. Puis elle a intégré la direction d’Asie où traitait plutôt les relations avec la Chine, Taïwan et Hongkong dans les aspects culturels et consulaire pendant 1 an.

Après elle a pu partir à l’étranger puisque le principe de la carrière diplomatique est que le diplomate alterne entre des postes à Paris (3-4 ans) et des postes à l’étranger (3-4 ans/ postes). Elle est donc partie à Tokyo pendant 3 ans à la Chancellerie politique où elle suivait certains des dossiers politiques bilatéraux notamment les relations entre le Japon et les pays du Moyen Orient et de l’Afrique. Mais elle était aussi cheffe de cabinet de l’ambassadeur : s’occuper de son emploi du temps, ces discours, … Ce poste est tombé pendant la catastrophe de Fukushima donc elle a vécu des moments de crises dans une ambassade. 

Au bout de 3 ans, elle est partie à Boston en tant qu’attachée de coopération et d’action culturelle (le domaine qui l’intéresse principalement). Pendant 4 ans, au sein du consulat, elle s’occupait de tous les dossiers relatifs à la coopération universitaire, éducative (essayer de convaincre des écoles publiques américaines d’enseigner le français), avec les entreprises, un peu de coopération artistique. 

Après ces 2 postes à l’étranger, elle est revenue à Paris pour intégrer la Direction générale de la mondialisation qui s’occupe de la coopération culturelle, économique et développement durable. Elle était dans la direction des affaires culturelles, universitaires et éducatives et du suivi du réseau. Pendant 1 an elle était à la sous-direction de l’enseignement supérieur et de la recherche où elle s’occupait des pays d’Afrique australe et orientale.  

Les 2 années suivantes, elle a travaillé à la sous-direction de la culture et des médias, elle devait suivre les liens entre le ministère et l’Institut Français de Paris qui est l’opérateur de la coopération culturelle et de la Fondation des annonces française qui chapote toutes les annonces françaises dans le monde et aussi la coopération au niveau européen. 

Enfin, depuis cet été, elle est repartie à l’étranger Malaisie à Kuala Lumpur, elle est conseillère de coopération et d’action culturelle de l’ambassade cad qu’elle est la cheffe du service culturel. Ils sont une équipe de 8 personnes qui couvre tout le spectre de la diplomatie d’influence : coopération universitaire et scientifique, coopération pour le français et éducative, culturelle mais aussi aide aux ONG avec défense de l’environnement et droits humains. Pour effectuer ces projets, ils ont les moyens de l’ambassade, des alliances françaises (à Kuala Lumpur et à Penang) et un lycée français à Kuala Lumpur. 

  1. Questions des participants 
  1. Informations et conseils sur les métiers au sein du Quai d’Orsay et les concours 
  • En quoi consistait le poste à la sous-direction Extrême-Orient du Ministère notamment concernant les relations entre l’Asie et les pays d’Afrique et du Moyen-Orient ? 

A la direction d’Asie, sous-direction d’Extrême Orient 

La direction d’Asie est une direction géographique donc chaque rédacteur à un portefeuille de pays, le nombre de rédacteurs varie en fonction de la taille et de l’importance du pays (beaucoup de rédacteurs pour la Chine). Ils étaient 6 rédacteurs à la direction d’extrême orient, pour l’Asie du Nord-Est :  

  • 4 rédacteurs pour la Chine. 
  • 1 pour le Japon 
  • Elle était à la fois sur la Chine, Hong Kong et Taiwan. 

Le travail du rédacteur géographique consiste à suivre la relation bilatérale entre la France et le pays en question sur divers domaines ; un travail de synthèse où le rédacteur suit : 

  • La situation politique 
  • La situation économique 
  • Les relations en matière de défense 
  • Les relations culturelles 

Le rédacteur fait la synthèse de tout cela et est en lien constant avec l’ambassade dans le pays en q°, en lien avec la chancellerie politique qui va lui transmettre des informations sur la situation locale. Parfois, le rédacteur géographique va passer des commandes à l’ambassade : demander de lui écrire quelque chose sur un sujet. Après le rédacteur fait ensuite une synthèse appelée « fiche pays » au Quai d’Orsay. Ces synthèses sont notamment utilisé par des parlementaires qui se rendent dans le pays ; parfois il faut régler les problèmes au sein des pays en négociant des accords. Ex : accord sur un visa vacances travail. 

A la Chancellerie Politique au Japon 

Elle était dans le pays, au plus près de l’actualité. Elle devait alors obtenir des informations en rencontrant le diplomate au Ministère japonais des Affaires Étrangères qui s’occupe du Moyen-Orient pour lui demander son estimation de la situation au Moyen-Orient. Ex : sur la crise en Syrie. 

Des fois, ils ont des missions, des démarches à faire car le Quai d’Orsay leur demandait d’aller voir la direction d’Afrique du Ministre Japonais des Affaires Étrangères pour leur demander s’ils étaient prêts à soutenir les efforts français au Mali pour envoyer des troupes sur place, par exemple. 

Ils vont voir toutes sources d’information intéressante notamment les chercheurs, … Puis renvoi des infos à Paris par mails ou à travers des télégrammes diplomatiques. 

  • Pourquoi avez-vous postulé au concours de la chancellerie ? 

Elle voulait vraiment rentrer au sein du Ministère des Affaires étrangères et le concours B lui paraissait faisable et les postes futurs étaient intéressants : les secrétaires de chancellerie sont chef de section consulaire en général. Elle a donc tenté sa chance et l’a réussi. 

Mais elle pensait dans tous les cas passer les concours A un jour ou un autre. 

  • Quelles sont les langues obligatoires au concours du Quai d’Orsay ? 

Dans tous les concours du Quai d’Orsay, il y a toujours une épreuve d’anglais obligatoire (oral et écrit). 

  • Pour le B et le C : les autres langues sont optionnelles (points en plus à l’oral). 
  • Pour le A : une autre langue en plus est obligatoire à l’écrit et à l’oral. En fonction de la langue qu’on choisit il y a : 
  • Cadre orient : chinois, arabe, japonais, …
  • Cadre général : italien, espagnol, allemand, portugais …

On peut passer un concours B, C et ensuite passer le A en tant que candidat externe. Pour passer en interne, il faut faire 4 ans d’exercice après avoir passé le B ou le C ; mais pas bcp d’intérêt puisque cela reste très compétitif en interne. 

  • Une fois au ministère comment se passe le choix des postes (vœux) ? 

Le tout premier poste n’est pas choisi, il y a un entretien à la DRH pour apprendre à connaitre la personne. Elle a eu de la chance sur ses premiers postes : aspect culturel rattaché à l’Asie. 

Ensuite, les diplomates peuvent choisir en faisant des vœux 1 an à l’avance pour le poste à l’étranger (minimum 4 postes). Dans ces vœux, il faut au moins 1 poste dans une zone « difficile » (classement entre A-C, C étant les pays les plus faciles). Mais on ne force jamais la personne à aller dans un pays où elle ne veut pas aller. 

Ensuite au retour en France : ils refont des vœux et si ça ne marche pas alors ils pourront changer après 1 an. Il faut essayer de ne pas prendre les villes les plus demandées (Washington, Londres, …) 

  • Est-ce qu’au sein du Ministère, il y a une école de langue en fonction de la zone géographique ? 

Il n’y a pas d’école de langue comme aux USA ou encore comme le système du Royaume-Uni où les diplomates sont envoyés 1 an avant la personne pour qu’elle puisse apprendre la langue du pays. 

En France, il n’y a pas ça car le concours est déjà très axé sur les langues. MAIS des cours privés ou des cours collectifs pour approfondir une langue sont offerts toutes les semaines aux membres du Ministère des Affaires Étrangères. 

  • Est-ce que le fait de passer le concours cadre orient avec une langue et zone particulière a un impact sur les postes au sein du Ministère par la suite ?

Lorsqu’on passe le concours de secrétaire ou de conseiller des affaires étrangères : 

  • Il n’y a pas de répercutions si c’est le concours cadre général.  
  • Si cadre d’orient : on est censé partir dans la zone dans laquelle on a passé le concours (au moins pour le 1er poste).  

Selon elle, le fait de parler la langue du pays améliore nos chances d’avoir le poste dans ce pays par rapport à d’autres diplomates.

  1. Questions sur les projets culturels, le métier d’attaché culturel
  • Sur la coopération culturelle entre pays : exemple de projets qui vous tient particulièrement à cœur ? les résultats de ces projets ? 

Plusieurs exemples : 

Ex 1 : A Boston, elle a organisé un festival de films français dans les campus. Il fallait tout faire de A à Z, choisir les films, trouver la société qui fournit l’écran, trouver les profs d’université qui vont faire la promotion du festival auprès des étudiants, trouver des sponsors, … Le but = promouvoir la France, donner envie à des étudiants américains d’étudier une ou plusieurs années en France. 

Ex 2 : Promouvoir les sections bilingues dans les écoles primaires aux États-Unis où l’école primaire est très délocalisée et donc il fallait aller voir chaque maire de chaque ville pour présenter le projet et essayer de les convaincre.  

  • Concernant les projets culturels : qui décide ? qui prend l’initiative des projets et quelle est la liberté des attachés culturels ? 

Il y a des grandes priorités qui leur sont données : développement de la francophonie, augmenter le nombre d’étudiants étranger en France. Mais aussi des grands projets proposés par l’Institut Français de Paris qui met en place des évènements que les attachés culturels peuvent reproduire à l’échelle de son pays. Ex : la nuit des idées qui se déroule chaque année. 

Mais le poste est tout de même libre de sa programmation, si cela rentre dans les priorités c’est bon. Ils sont libres de proposer des projets qui sont intéressants. 

  • Quelle est la partie la plus difficile de votre métier ? 

Il y a plusieurs aspects : 

  • L’aspect crise Ex : Fukushima, difficile de gérer, on vit la situation au jour le jour. Même s’il y a des plans de sécurité dans les ambassades. 
  • L’aspect familial, la vie de famille (nombreux changements de pays, de zones géographiques et donc d’écoles pour les enfants notamment …)
  • L’aspect hiérarchique (surtout à Paris). 
  • Quel est votre poste préféré et pourquoi ? 

Celui qu’elle a préféré est le poste d’attachée culturelle à Boston puisqu’il s’agissait du domaine qui l’intéressait le plus et qui l’avait poussée à être diplomate : la culture. La coopération culturelle et éducative était très intéressante. De plus, le pays est très agréable, il y avait un bon dialogue avec les interlocuteurs américains. Ils étaient une petite équipe assez autonome qui avait donc plus de liberté et pouvait être créatif. 

  • Quels sont vos motivations pour vous être orienté vers la diplomatie culturelle ? dans quelle mesure ses attentes ont-elles pu être comblées ou non ? 

La diplomatie culturelle était sa première approche de la diplomatie donc c’est que l’avait motivé à s’orienter dans la diplomatie. Mais c’est aussi par ce que cet aspect de la diplomatie est très concret, on se sent utile. Pour elle, la diplomatie politique lui parait moins concret puisqu’il y a beaucoup de rédaction, les choses prennent plus de temps. De plus, la diplomatie culturelle est un domaine très diversifié. 

  • Est-ce que le fait d’avoir fait une licence en langue orientale est valorisé dans le métier de la culture ? est-ce un plus ? 

En général, les personnes ont fait une licence en langue orientale (90% des personnes qui passent le concours cadre orient). Ce n’est pas rare mais cela peut être utile par la suite pour avoir un poste dans la zone spécifique où on est alors spécialisé.  

  1. Questions relatives à la Malaisie 
  • Quelles sont les conséquences du Covid-19 sur son travail en Malaisie ? 

Contexte difficile à cause du confinement au printemps dernier : des évènements ont été annulés, impossibilité d’accueillir des chercheurs français en Malaisie. Ex : toutes les festivités de la francophonie en mars ont été annulées.

Dès le 14 octobre : semi-confinement où tous les lieux culturels sont fermés. Difficile de se projeter en 2021 puisque les frontières risquent de rester fermées pendant longtemps. Les Malaisiens font très attention et ils restent chez eux même si pas le confinement n’est pas si strict.  

Il faut donc utiliser de nouvelles formes de transmission d’information : conférences en lignes, … 

  • Par rapport à la Malaisie, est-ce que c’est un pays réceptif aux actions culturelles françaises ? est-ce un pays intéressé par la France en général ?

Le réseau français en Malaisie est très limité, il n’y a que deux alliances françaises : à Kuala Lumpur et à Penang ; il n’y a qu’un seul établissement AEFE. 

Le dispositif est assez réduit, mais les malaisiens sont très ouverts et réceptifs, très enthousiastes de nouveaux projets. La Malaisie est un pays qui investit beaucoup dans la coopération franco-malaisienne : programme du Gouvernement qui paye des bourses pour que les malaisiens fassent leurs études en France en management, en science, … De la même manière, il paye pour que les professeurs de Français en Malaisie fassent des études à Besançon de français (université Bourgogne-Franche-Comté). De plus, la Malaisie est un pays où les enfants apprennent de plus en plus le Français à l’école, … 

  • Les évènements récents en France ont-ils eu des répercutions en Malaisie, le pays étant majoritairement musulman ? 

Les mouvements contre la France sont moins importants qu’au Bangladesh puisque la manifestation ne fait pas partie la culture des malaisiens. Il y a cependant eu des éditoriaux négatifs envers le gouvernement français et des associations en bas de l’ambassade de France pour se plaindre mais ils étaient à chaque fois peu nombreux et il y avait une surveillance de la police. 

MAIS la situation reste préoccupante, même s’il s’agit d’une petite crise il faut rester vigilant donc ils prennent des dispositions en matière de sécurité, surveillent les réseaux sociaux…

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