Apéro-Thématique n°16 avec Attilio Boronine 

  1. Présentation 

Diplômé du Master du MRIAE en 2015, Attilio Boronine est Account Manager au sein de la direction Online du créateur de jeux vidéo Ubisoft. Spécialisé dans l’innovation, la gestion de projet, la créativité. Des domaines qui manquent selon lui dans le MRIAE : notamment des compétences en gestion de projet. 

Entre 2010 et 2015, A. Boronine fait des études de sciences politiques. Il effectue en 2014 un stage de cinq mois comme analyste à la Délégation interministérielle à l’intelligence économique, dépendant à l’époque du cabinet du Premier ministre. Il s’agit d’un service chargé de définir une politique publique d’intelligence artificielle, de surveillance numérique. Il regrette cependant une certaine inertie du service et le manque d’outils modernes. Déçu par cette expérience, il ne souhaite pas se tourner vers le public par la suite. Il fait ensuite du « consulting un public affairs », c’est-à-dire du conseil des entreprises publiques, type EDF. Il voulait se spécialiser dans la gestion de projet.

  1. Boronine quitte ensuite le monde des affaires publiques pour devenir consultant dans le privé. En 2017, il devient chef de projet chez Devoteam Management Consulting, un cabinet d’affaire de conseil en technologies et en management pour les entreprises. Il s’est alors spécialisé dans la stratégie et le pilotage de projets dans des contextes internationaux (développement de marques et services, transformations d’organisations et d’équipes multi-culturelles, etc.). Il a appris le métier de consultant, a géré des projets, a appris à travailler dans des secteurs variés (services, énergies). Il retient également de cette expérience une mise sous pression en permanence.

En 2021, il rejoint Ubisoft pour travailler sur la création des projets et services liés au online, en  tant que « Account manager online services ».  Il travaille sur la stratégie numérique en ligne d’Ubisoft.  

Ubisoft a une empreinte internationale. C’est par exemple eux qui one développé la licence Assassins Creed. Le studio mère se trouve à Montréal, mais 15 studios de plusieurs nationalités (80 nationalités) peuvent travailler sur le même jeu vidéo. A. Boronine ne travaille pas sur les jeux vidéo à proprement parler mais sur les réseaux internet. 50% des revenus générés viennent des jeux vidéo en ligne (ex. Fortnite). Chaque jeu vidéo Ubisoft qui sort aujourd’hui à une « stratégie online ». Il s’agit du futur de l’industrie du jeu vidéo. 

Tous les mois, se développent de nouveaux projets comme des partenariats avec Amazon ou Google.  Selon lui le futur du jeu est sans console car tout passera par le cloud. 

Le poste de A. Boronine : 

  • coordonner des projets internationaux (pilotes des équipes entre Montréal, la Suède, l’Ukraine, Bucarest, etc.) pour proposer des services et des plateformes aux joueurs et employés. 
  • veiller à garantir des services « sans friction » pour les joueurs, faire en sorte que les équipes de développeurs assurent le bon fonctionnement des jeux en ligne. 
  • transformer des besoins émergents en projets. 

Ses centres d’intérêt principaux sont la haute technologie et la gestion de multiples projets à l’international.

Des références données par Attilio Boronine

Le livre de Ed Catmull permet de se renseigner sur les métiers de la création et de l’innovation en prenant l’exemple de la création de Pixar, de comment transformer une idée en société. Le livre de Daniel Gardner traite de la création de la peur dans les consciences collectives, de comment les dépasser. La biographie de Snowden étudie les technologies, sur les « deux internet », l’usage des technologies par les Etats.

  1. Questions
  • Quels métiers à Ubisoft pour des étudiants sortis du MRIAE ? 

Ubisoft est une entreprise qui privilégie des gens qui sortent d’écoles avec lesquelles ils ont des partenariats (ESSEC). Il conseille alors de faire un deuxième master plus spécialisé (un master stratégie et conseil, IAE / Business Sorbonne, master de gestion de projet). Il ne s’agit toutefois pas non plus une boîte sélective qui s’intéresse à des profils variés.

La plupart de ses camarades de classe ont refait une école, un master après le MRIAE (école de management, de commerce, master de droit, etc.). Un master supplémentaire ou une expérience significative (dans son cas son stage dans la gestion de projet). 

  • Comment s’est passée votre transition entre le public et le privé ?
  1. Boronine n’a pas eu de problème. Il explique que passer du privé au public peut certes poser des difficultés quand on a 10 ans d’expérience mais que les passerelles sont en réalité très nombreuses. Dans le secteur des relations internationales toutefois, il y a de moins en moins de directions des RI dans le privé, ou des petits services. Ces métiers sont en train de disparaitre. 
  • Comment avez-vous obtenu son stage à Matignon ? 
  1. Boronine a postulé avec une lettre de recommandation d’un enseignant du MRIAE. Il conseille d’entretenir de bons rapports avec les professeurs. Par exemples, les enseignements chargés du séminaire de Sécurité Défense ont un réseau développé et sont désormais dans le privé. Ils récompensent les étudiants qui travaillent dur, peuvent conseiller des réorientations. 
  2. Boronine conseille également l’alternance dans la mesure du possible. Les premières années sur le marché du travail sont en effet difficiles et très concurrentielles. Les écoles avec des partenariats font profiter leurs étudiants d’un large réseau. Au bout de deux expériences, les employeurs ne s’intéressent plus aux études menées, sur la continuité dans son parcours. 
  • Avez-vous ressenti un syndrome de l’imposteur en postulant à Devoteam ? 
  1. Boronine a connu ce sentiment les premières années de sa carrière. Conscient que cela peut toucher tout le monde, il conseille de travailler pour le surmonter et le stress qu’il génère pour arriver à se sentir progressivement légitime. Il avait peu d’expérience dans la gestion de projet en arrivant à Devoteam mais a su convaincre. Il conseille également de travailler beaucoup et de s’investir : le syndrome va s’atténuer qd on prend la mesure de son travail. 
  • Avez-vous des conseils pour les stages ? 

Dans le public, il faut s’inscrire sur les plateformes, ne pas hésiter à postuler partout et adapter son CV en fonction de chaque employeur et organisation visés. Faire plusieurs stages courts n’est pas pénalisant.  Il conseille d’axer sa candidature plutôt sur le CV que sur la lettre de motivation. Si dans le domaine des RI il y a une forte concurrence avec avec les IEP, il est possible d’accéder à leur annuaire des anciens via son propre réseau. 

Lorsque nos CV commencent à se remplir, il faut qu’il y ait une certaine et construire des liens logiques entre nos expériences, motiver ses choix. 

  1. Boronine conseille également de faire un autre master, notamment les programmes en un an ou  de passer des concours.
  • Quels métiers conseillés dans la technologie ? 

Le métier d’entrée dans la technologie est gestionnaire de projet si l’on n’a pas de bagages en développement. Il conseille de faire un master de gestion de projet. Il conseille aussi les métiers « UX » et « UI » (user interface), ce sont des métiers du design, qui sont là pour faire en sorte que les applications et leurs interfaces soient agréables et pratiques. Il y a également des métiers sur la conduite du changement, sur les pratiques des utilisateurs. 

  • Quels sont les profils chez Ubisoft : très techniques ? 

Il existe un service « editorial creatory services ». Ce sont des historiens et sociologues qui réfléchissent à des problématiques en sciences sociales. Il sont responsables des recherches historiques pour le développement des jeux, vont sur le terrain : photos, témoignages, etc. Il y a beaucoup de géographes de formation (réfléchissent aux cartes de jeux vidéo de millions de km²). Ce pôle accueille des gens qui ont des profils de chercheurs, des historiens de formation. Ex. Un docteur en Histoire qui travaille sur les véhicules, les armes pour des jeux sur les Vikings. 

  • Dans le service avec des historiens : des gens qui tournent selon des jeux vidéo, de leurs thèmes, ou des gens qui restent en poste ? 

Les historiens ne travaillent que sur un ou deux jeux, selon leur univers. Plus des opportunités pour des historiens, plutôt que des métiers de carrière. Il y a beaucoup de débouchés dans le jeux vidéo pour des gens qui ne sortent pas d’école de commerce. Il conseille de s’inspirer des profils LinkedIn,  de voir comment les CV sont organisés et les expériences. 

  • Comment s’est passé votre process de recrutement ? 

Il a été assez long et dur, a pris six mois. A. Boronine a postulé chez Ubisoft à de nombreux postes, pendant plusieurs années. Il conseille de persévérer. Le poste qu’il a actuellement n’est pas celui qu’il voulait : il a fait 6 entretiens, est arrivé 2ème, n’a pas eu le poste, mais par sa motivation on lui a proposé celui qu’il occupe actuellement. Il n’a pas eu de test ni d’entretiens techniques à Ubisoft (mais pour son cabinet de conseil). Il faut s’entrainer pour ces tests. Chaque élément de son CV, chaque chose dite doit être argumenté. A chaque sujet avancé, il faut qu’on ait des éléments de réponse : savoir où l’on veut aller. Il ne faut pas nécessairement bachoter sur l’entreprise (infos ne sont souvent pas mises à jour, ou fausses). Il faut dire ce que l’on peut amener, le lien avec nos aspirations, ce que cela va nous apporter et savoir argumenter tous les points de notre CV. 

Il conseille de bachoter une fiche de présentation « moi, vous, et nous deux », mais de toujours rester honnête et humble.

Catégories :