Diplômé du Magistère du MRIAE en 1993, Fabrice Chenille est Vice-président – Directeur Marketing Stratégique chez Airbus Defense and Space. Après le Magistère, Monsieur Chenille a parachevé ses études en 1994 avec un Master à Assas sur le marché naval international. En 1995, il devient Responsable du service Marketing Stratégique de DCN International, une entreprise de commerce de gros interentreprise. En 2000, il travaille comme manager pour le cabinet de conseil en stratégie, management et organisation Eurogroup Consulting. L’année suivante, Monsieur Chenille intègre l’entreprise internationale d’audit et d’expertise comptable MAZARS comme responsable management du département de Conseil en Stratégie. En 2006, il travaille dans le cabinet conseil en stratégie STRATORG au poste de responsable management en chef. 6 ans plus tard, il rentre à Airbus Defense and Space, où il occupe successivement les postes de Vice-Président – Directeur Marketing International, de Vice-Président – Directeur Marketing – Business Line Space Systems et de Vice-Président – Directeur Marketing Stratégique.

 

Présentation 

 

Son travail actuel est en ligne avec son parcours académique, le fil rouge de son parcours est le secteur aéronautique, espace défense. Enfant, il était passionné par  tout ce qui touche à la Seconde Guerre mondiale, à l’armement, la stratégie etc. Dès la classe de première, il avait pour objectif d’entrer au magistère. Il a fait un bac ES puis une prépa ENS en économie et a ensuite intégré le magistère en parallèle duquel il a fait un master 2 de défense à Paris 2. 

Pendant le magistère, il avait effectué un stage au Ministère des Affaires Étrangères. Son mémoire de fin d’étude portait sur la politique d’armement française et les programmes d’armement conventionnels.  Quand il a fait son master 2 de défense, il a effectué un stage à la Direction générale de l’armement (DGA) à la Direction des relations internationales où il a travaillé sur le chantier naval. Il rencontre alors la personne qui l’a recruté chez DCN international début 1995. A l’époque DCN était une société internationale de rang 1 qui vendait les navires de la direction des constructions navales à l’export sur le marché international. Ex : sous-marins au Pakistan. Il a été recruté dans le service étude marketing en tant que chargé d’étude en veille commerciale. C’est exactement le métier qu’il fait actuellement c’est-à-dire du marketing stratégique ou de l’intelligence économique. Il avait pour mission d’étudier le marché et les clients du secteur naval militaire, de faire des fiches pays et des dossiers de veille qui orientaient l’approche commerciale. Puis, après 2 ans, il a pris la responsabilité du service. 

En 2000, alors que l’on annonçait le rapprochement en DCN et Thalès, il a opté pour le monde du conseil en stratégie et plus précisément le conseil en intelligence économique. Il entre donc chez  Eurogroup Consulting pendant 1 an. Il a travaillé pour Nexter dans le secteur terrestre mais aussi le secteur énergie, de l’habitat. 

Ensuite, avec 2 de ses collègues, il crée le département de conseil en stratégie de MAZARS (groupe d’audit financier). Chez MAZARS il a évolué dans le secteur de la défense, le secteur naval ainsi que le secteur public. Ex : une des missions les plus intéressantes était une mission de conseil pour la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise. 

Suite à une loi de sécurité financière interdisant à un cabinet d’audit de faire du conseil dans des entreprises dont il est commissaire au compte, M. Chenille quitte MAZARS (MAZARS est commissaire aux comptes de Thalès). Il intègre STRATORG en 2006 et y reste jusqu’en 2011. Il travaille alors dans l’équipe aéronautique espace défense du cabinet. Il travaille sur toutes les dimensions de stratégie de DCNS : croissance organique, externe, diversification, internationalisation, politique produit. Il commence également à s’ouvrir à d’autres secteurs, en particulier l’aéronautique civil : il travaille pour Airbus, Astrium (secteur spatial), Safran, Sagem mais aussi avec des acteurs du secteur de l’énergie. 

En 2011, il engage une démarche de repositionnement professionnel. Il est recruté chez ASTRIUM c’est-à-dire la branche espace de EADS en tant que directeur du marketing international pendant 1,5 ans. A la suite de la fusion d’Astruim avec Cassidian Airbus Defense and Space est créé ; M. Chenille change alors de poste même s’il reste toujours dans le marketing avec des responsabilités élargies aux space systems. Il y a 5 ans, il est nommé directeur stratégique pour l’ensemble de la division marketing. Aujourd’hui, il dirige 3 équipes qui sont dédiées à : 

  • L’analyse de marché 
  • L’analyse concurrentielle
  • Au développement à l’international : stratégie pays notamment. 

 

Conseil et opinion sur son parcours : 

  • Pas besoin de faire de grandes écoles, l’enseignement à la faculté est très bien. 
  • Il était passionné par ce sujet et pour lui le plus important est de connaître sa passion, savoir la transmettre/la communiquer. Une fois qu’on connaît ce que l’on aime, il faut planifier et se focaliser sur ce projet et ne pas trop se disperser. 
  • Maximiser le réseau : nourrir son réseau, faire savoir qui on est, etc…

 

Questions des participants 

  • S’agissant du secteur espace défense, serait-il possible de construire une typologie des métiers possibles après le MRIAÉ ? 

On étudie au sein du MRIAÉ les relations internationales, donc notre profil est adapté à des fonctions de marketing stratégique notamment pour faire de l’analyse pays, compréhension de politique spatiale, des politiques de défenses

On peut également se tourner vers les services de sécurité : dans les équipes qui gèrent les risques pays, les salariés et les filiales dans le monde. 

Aussi dans la fonction public affairs c’est-à-dire les relations institutionnelles. Ex : équipe de relations publiques à Bruxelles qui recrutent des personnes spécialisées sur l’UE et les relations avec l’UE. 

Y compris dans une fonction commerciale. Ex : si on est spécialisé dans une région en particulier et qu’on a fait des stages en lien avec la fonction commerciale. 

  • En parlant de spécialisation, est-ce que faire un 2ème master après le MRIAÉ est conseillé ? ne risque-t-on pas d’être surdiplômé ? 

NON. Il faut surtout se demander si cela est utile par rapport à notre projet professionnel.  Si le master est nécessaire pour se renforcer, se spécialiser, avoir une expérience (master comprenant un stage obligatoire de 6 mois) alors il faut le faire. Ce n’est pas une année de perdue. Le côté généraliste du magistère (qui est un atout) n’est pas antinomique de la spécialisation. 

  • Une entreprise comme Airbus est-elle impliquée dans le programme Artemis ? 

Oui au premier chef, puisque l’ASE (Agence Spatiale Européenne) est partenaire de la NASA, elle cofinance le projet spatial. Il y a notamment l’European Service Module qui est le composant du module de service de l’engin spatial Orion = capsule qui va emmener des personnes encore plus loin que la station spatiale internationale entre Terre et la Lune. C’est Airbus Defense and Space qui en a la charge. 

  • Y a-t-il des programmes de coopération avec la Chine malgré les tensions de ce pays avec les États-Unis ?  

Il y a quelques partenariats entre les agences spatiales européennes avec la CNSA. Ex : SFOSAT, satellite franco-chinois d’océanographie. Donc la coopération européenne avec la Chine concerne surtout des programmes de satellites civils. Il y a 0 coopération entre la Chine et les USA pour des raisons politiques. A l’avenir s’il y a un camp à choisir pour l’Europe se sera les USA. 

 

Mais la question qui se pose maintenant est de savoir au-delà de la coopération quel rôle peut jouer l’ASE et les agences spatiales des États membres ? Est-ce qu’il y a une vision européenne qui se dégage en faisant contrepoids à la vision américaine et chinoise ? Notamment en ce qui concerne l’exploration spatiale qui est le sujet majeur en ce moment (Lune puis Mars). 

  • Ayant un profil juridique en plus d’avoir fait le MRIAÉ : quel type de poste sont possibles dans ce domaine ? 

Le profil juridique est un plus, les débouchés possibles sont : 

  • Ceux évoqués précédemment. 
  • Equipes « commercial and contract » : au sein de la direction commerciale de Airbus Defense and Space, spécialisée sur la formalisation des dispositions contractuelles et légales. 

 

Dans un service juridique, est-ce qu’il y a aussi de l’étude stratégique ou est-ce seulement relatif aux contrats ? ce qui est technique est effectué par la direction juridique mais toujours en lien avec les cabinets d’avocats. Il y a une implication importante des juristes dans la stratégie lorsqu’il y a des opérations de croissance externe. Pour la stratégie de croissance organique (Ex : création de filiale, branche internationale) le juridique intervient plus tard dans le processus et est moins au cœur du projet. 

 

  • Afin d’obtenir un poste en marketing, est-il nécessaire de se spécialiser en plus du magistère dans l’économie ? 

Situation : l’étudiante est en alternance marketing et communication pour une association mais on ne lui propose que des postes en communication alors qu’elle serait plus intéressée par le marketing. Elle se demande donc si cela est dû à un manque de spécialisation notamment en économie. 

Non pas forcément en économie, selon lui, les recruteurs ne lui donnent pas des postes en marketing suite à une comparaison entre elle et un profil davantage spécialisé en marketing. Si le profil n’est pas convainquant : peut-être un autre master marketing serait utile ? 

  • Vous avez effectué votre carrière est essentiellement dans le privé, n’avez-vous jamais été tenté de rejoindre le public ? 

Oui à certain moment, à partir d’un certain moment dans son parcours, ce qui l’a empêché de penser à cela est la question de la rémunération. Ex : lors de sa période de repositionnement, parmi les projets possibles il optait pour celui de directeur de la stratégie territoriale pour les collectivités territoriales. Mais en analysant ce poste, les salaires dans le public n’étaient pas à la hauteur de ceux dans le privé et sa situation familiale ne lui permettait pas de faire ce choix. 

Mais il n’exclut pas la possibilité d’intégrer le secteur public par la suite car les postes sont intéressants notamment en relation avec les collectivités territoriales. 

Aujourd’hui il y a beaucoup de passerelles entre le privé et le public, en particulier du public vers le privé. Ex : passage par la DGA, MAE, Ministère de l’Armée, Ministère de l’intérieur.   

  • Vous avez été spécialisé dans le marketing, mais si l’on veut travailler plutôt dans le secteur de la géopolitique ou de la sécurité : est-ce qu’il y a une possibilité en sortant du MRIAÉ de faire autre chose que de l’analyse pays ? est-ce qu’il y a une progression de carrière ? 

OUI, à Airbus il n’y a pas de fonctions et de directions qui sont sans progression. Il est possible de commencer sa carrière en tant qu’analyste pays puis évoluer vers le marketing ou autre. Il y a une internationalisation des groupes dans le secteur de l’aéronautique et de la défense conduisant à une homogénéisation des formations. Ex : en Allemagne, il n’y a pas de grandes écoles, donc les recruteurs changent leur critère de sélection. Il connaît beaucoup de collègues qui ont commencé dans le procure meuble, l’achat, puis sont passés dans le commercial and contract avant de faire du marketing et de la vente. 

  • Dans sa fonction : quel est le salaire d’entrée après Bac + 5 ? 

Info prochainement… 

  • Comment se porte Airbus Defense and Space par rapport au civil ? est-il touché par la crise Covid-19 ? 

Ils ne sont pas trop touchés grâce aux Gouvernements nationaux, il y a eu un soutien de ces gouvernements (France, Allemagne et Royaume-Uni notamment) et des institutions européennes. Également, le plan de relance a prévu des contrats Airbus pour l’industrie de la défense et l’ASE sur certains contrats a anticipé des paiements pour passer la crise. 

La branche aviation commerciale a été celle qui a été la plus touchée mais le secteur Defense and Space a aidé cette branche pour amoindrir l’impact. 

Donc en 2020 : ça allait MAIS il y aura un coup de vice budgétaire en 2023. 

  • Est-ce que dans votre travail vous êtes beaucoup devant un ordinateur ? est-ce pesant ? 

Oui il travaillait tout le temps devant son ordinateur même avant la crise. 

Le point positif de la crise est l’arrêt des voyages : la crise a permis de mettre en évidence que beaucoup de choses pouvaient se faire sans se déplacer. 

Il gère 3 équipes c’est-à-dire 15 personnes qui sont éparpillées en Allemagne, Espagne et France donc il est difficile dans tous les cas de les voir. 

 

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