Diplômée du MRIAE en 2001, Myriam Watson travaille aujourd’hui à la Commission européenne (CE) comme chargée de mission. Elle fait un stage en 2002 à la CE en tant que chargée de communication pour les libéraux démocrates européens. En 2007, elle devient fonctionnaire de la CE comme responsable communication. Myriam Watson est par la suite amenée à travailler à la direction générale des migrations et des affaires intérieures (HOME) sur les relations internationales avec le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. En 2018, elle intègre la direction générale du développement et de la coopération (DEVCO). L’année suivante, elle rejoint la direction générale chargée des politiques de la Commission concernant les affaires maritimes et la pêche (MARE) en tant que responsable de la communication. Depuis février 2020, elle est désormais chargée de mission au Service européen de l’action extérieure (SEAE) et travaille sur les futures relations entre le Royaume-Uni et l’Europe.

I) Présentation 

Myriam Watson suivait une formation de droit avant d’entrer au MRIAE. Elle l’a poursuivie en parallèle du Magistère et a, ainsi, été diplômée en 2001 du MRIAE et d’un master en droit européen. Elle a fait le choix de faire un double cursus parce qu’elle voulait se spécialiser davantage ; le Magistère étant très général. 

Elle est partie en Erasmus pendant six mois à Londres. Par la suite, elle a fait un stage en Autriche, dans un cabinet d’avocat. Cette expérience l’a conforté dans le fait qu’elle préfèrerait travailler dans le domaine des relations internationales. 

Elle reçoit peu de temps après une réponse favorable à une demande de stage à la CE à Bruxelles. Elle avait postulé sans beaucoup d’espoir, pensant que, malgré ses études, l’administration européenne était floue. Elle accepte l’offre de stage et rentre au service communication. Elle était chargée d’écrire des articles pour le journal interne de la CE. C’est une véritable découverte du monde de la communication. 

Après cette expérience, elle rentre en stage à EURACTIV, site d’information européenne, comme chargée de la coordination française. Elle devait s’occuper de la traduction française des articles et du développement de partenariat avec des organismes français. Toujours passionnée par le journalisme, elle participe progressivement à l’écriture d’articles, sur des thèmes très variés, comme la justice, la sécurité, les transports… Ce stage à EURACTIV lui a donné une bonne vision de ce qu’était l’Union européenne, des relations politiques au sein de l’Union, etc. 

Après 2 ans et demi, elle devient responsable de la communication du Parti des Libéraux Démocrates Européens. La petite taille de l’équipe et l’organisation d’événements importants lui ont permis de s’épanouir. 

Elle postule pour le concours de la CE alors qu’elle est responsable de la communication. Le concours représentait un Graal pour elle à Bruxelles. Elle le prépare avec une amie du Magistère. Malgré de très bonnes notes, son ami ne réussit pas le concours. Mme Watson souligne le facteur chance du concours. 

Une fois lauréate, une de ses amies du Magistère, en poste à Bruxelles à la DG DEVCO (désormais Partenariats internationaux), lui indique qu’un poste se libère au service communication. Mme Watson reconnait qu’il y a eu un heureux concours de circonstance : la réussite de son concours étant immédiatement suivie de son embauche au service communication de la DG DEVCO. 

Mme Watson a toujours été très intéressée par les questions de développement. Lors de son Erasmus à Londres, elle souhaitait travailler aux Nations Unies ; raison pour laquelle elle a suivie une formation complémentaire, a fait du bénévolat, …

Après trois ans comme responsable de la communication à DEVCO, elle part en Angleterre grâce à un programme d’échange entre les Etats membres de l’UE : une belle opportunité. Arrivée dans l’unité de communication du DFDI (Department for International Development), elle a souhaité pouvoir aussi travailler dans l’unité du développement de la politique européenne. Ce mi-temps lui a ouvert de nouvelles perspectives et l’a formé à de nouvelles tâches. 

En 2010, à son retour, elle se rend compte que le monde de la communication, bien qu’important, reste dans l’ombre du « policy making ». Elle perd une partie de son engouement et décide de chercher un nouveau poste qui serait sur les mondes arabes et musulmans. Au sein de DEVCO, aucune opportunité ne se présentait, elle s’est alors tournée vers la DG HOME dans la branche spécialisée dans les relations avec les pays du Maghreb. Elle a obtenu ce nouveau travail sans contact et sans expérience. Ce nouveau secteur lui offrait une meilleure visibilité, la possibilité de voyager et de travailler sur les mondes arabes. 

Après quelques années, elle a de nouveau des envies de changement. Cependant, il est plus difficile pour elle de trouver un poste qui lui plait. Elle trouve toutefois un poste dans la communication à la DG MARE, sans être cheffe d’équipe. Elle occupe ce poste pendant quatre mois, puis elle rentre à la SEAE dans la division Royaume-Uni. Pendant une année, elle couvre des thématiques post-Brexit : comme les droits des citoyens anglais vivants dans l’UE et ceux des européens vivants en Angleterre. Elle travaille également sur le domaine du développement, de la migration, de la sécurité, des droits de l’homme, des relations avec le Conseil de l’Europe, avec l’Afrique, les pays du voisinage Sud. Elle parvient à capitaliser sur toutes ses expériences passées, dans la communication et la diplomatique publique. 

Elle est heureuse d’être au SEAE car le service a un système de mobilité obligatoire : tous les 5 ans, les employés doivent changer de poste. Elle a donc la garantie que son prochain poste soit en rapport avec les relations internationales. 

Elle a passé 14 ans à la CE mais n’a pas délaissé sa passion pour le journalisme : elle écrit sur le blog Le Suricate des critiques de cinéma, de théâtre et de littérature. En outre, elle a donné des cours dans un Master sur les relations avec l’Union européenne à la Sorbonne. 

II) Questions des participants 

-> A-t-elle été orientée vers ce premier poste comme responsable de la communication à la DG DEVCO ? 

Non, elle a suivi le concours généraliste. A la suite de ce concours, on se retrouve sur la liste de réserve des 200 personnes sélectionnées. Théoriquement, les DG devraient sélectionner des personnes dans cette liste pour pouvoir des postes. Mais il est rare que cela se fasse. En général, les DG publient en interne les vacances de poste et les lauréats qui ont pu obtenir l’information y postulent. 

Lorsqu’elle a postulé pour son premier poste à la communication, il s’agissait d’une vacance de poste. Lors de son entretien, son chef d’unité a précisé que des fonctionnaires déjà en poste avaient été auditionnés sans succès et que c’était la raison pour laquelle il se tournait vers une lauréate. 

-> Pouvez-vous nous parler davantage des moyens d’entrer dans la fonction européenne ? 

Mme Watson souligne que désormais le concours se professionnalise de plus en plus : les exercices demandés sont plus ciblés par rapport à l’environnement professionnel. On demande par exemple des études de cas. Cette spécialisation du concours répond à une demande en juristes, économistes, biologistes, etc. 

Les concours sont de plus en plus ciblés, avec des grades différenciés. Quand elle est rentrée en 2007 à la CE, les concours visaient des profils de AD5 (d’administrateur / cadre, avec un niveau d’étude de 5 ans après le bac). Maintenant, les concours visent des profils de AD 7 (de personne avec un diplôme et des années d’étude, mais aussi avec des années de vie professionnelle). 

Il est donc très rare que l’on puisse rejoindre la CE directement après l’université ou une école : il faut d’abord travailler dans d’autres domaines. 

Beaucoup de gens passent des concours inférieurs à leur niveaux. Par exemple, une de ses amies a passé le concours « assistant », inférieur à celui d’administrateur (équivalent à « cadre »), alors même qu’elle avait officié comme avocate.  

-> Désormais y-a-t-il des concours par institutions ?

Il y a des deux : des concours par institutions et des concours interinstitutionnels. Les concours par institutions préparent à un recrutement pour une institution en particulier (par exemple la CE). Pour les concours interinstitutionnels, les institutions choisissent certains candidats et se les réservent. 

-> Comment accéder à la CE ? Et comment le faire sans passer les concours ? 

On peut passer par les stages proposés par le Programme « the Blue Book Traineeship ». Mme Watson recommande vivement cette expérience. Elle permet de rencontrer des stagiaires venus de toute l’UE, tout en formant des groupes de loisir. 

Après un stage à la CE, elle conseille d’enchainer avec un poste « d’agent contractuel » pour éviter la politique de non recrutement des stagiaires. Il y a un grand nombre d’agents contractuels à la CE, notamment à la DG DEVCO. De manière générale, toutes les directions générales financières font appel à des agents contractuels. Il y a quatre catégories d’agents contractuels, la quatrième étant la plus diplômée et la plus rémunérée. 

On peut devenir agents contractuels aux institutions européennes au siège (pour une durée de six ans maximum), ou dans les agences, par exemple à l’EACEA (Agence Exécutive Education, Audiovisuel et Culture). Ces postes permettent d’avoir, au bout de deux contrats de 6 ans, un CDI. On peut également être agent contractuel dans une délégation. Après deux contrats de trois ans, on obtient un CDI, mais on doit tourner entre les différentes ambassades. Cette vie d’itinérance peut cependant convenir à de jeunes diplômés. 

Il existe d’autres moyens d’entrer à la CE : par exemple, comme « agent temporaire ». Un agent temporaire remplace les fonctionnaires en déplacement pendant quelques années. Puisqu’il remplace un fonctionnaire, il est rémunéré par le même salaire. On peut ainsi avoir des contrats de 4-5 ans, le temps du déplacement du fonctionnaire. Il est possible de devenir agent temporaire sans avoir passé les concours. 

En outre, au Parlement européen, il existe une passerelle qui permet à des personnes agents temporaires depuis plusieurs années de devenir fonctionnaires. 

Pour devenir fonctionnaire à la CE sans passer les concours, on peut également devenir « jeune expert » dans une délégation, pour deux ans. Ces postes peuvent intéresser de jeunes diplômés comme nous. 

Au SEAE, la plupart du personnel est âgé : la moyenne d’âge est de 47 ans. Il y a une volonté de rajeunir le personnel, alors des concours sont organisés pour des personnes de moins de 30 ans. Le SEAE peut être une débouchée intéressante pour de jeunes diplômés. 

Conseil : Les premières expériences professionnelles sont importantes car elles définissent le milieu où l’on se place dans le marché de l’emploi. Il faut essayer de faire au mieux d’entre de jeu, car cela fixera notre trajectoire future. 

-> Que pensez-vous des métiers de la traduction au sein des institutions ? 

Ce sont des métiers qui sont en train de disparaître au cœur des institutions. Le domaine de la traduction s’informatise de plus en plus. Il n’y a quasiment plus de traductions : on fait davantage de la révision de textes traduits par des logiciels. 

Conseil : Avoir un pied dans le digital, l’intelligence artificiel, les métiers de l’avenir 

-> Quelle est la valeur ajoutée du Collège d’Europe ? Est-ce que c’est valorisé dans l’intégration des institutions européennes ou pour travailler dans les relations d’un Etat membre avec les institutions européennes ?

Le Collège d’Europe apporte une vraie valeur ajoutée à un CV. Il sélectionne la crème de la crème des gens intéressés par les relations de l’Union européenne. Il représente la voie royale pour la préparation des concours à la fonction publique européenne. Il s’agit d’une formation excellente pour obtenir ce type de poste européen. 

Le Collège d’Europe permet aussi de décrocher des emplois dans le cercle qui gravite autour des institutions européennes. Comme par exemple dans les fédérations qui représentent les intérêts des Etats membres et sont donc chargées de lobbying. Mme Watson prend l’exemple de deux amis qui travaillent l’un à la Fédération des détaillants de tabac italiens à Bruxelles et l’autre à la Fédération pour les paris épiques. 

Dans le microcosme bruxellois, il y a beaucoup d’opportunité professionnelle pour des personnes intéressées par les relations internationales. Que cela soit dans ce cercle de fédérations qui gravitent autour de la CE, ou à l’OTAN, ou dans de grandes sociétés et entreprises en lien avec les relations internationales. 

Le Collège d’Europe n’est pas la seule formation d’excellence : il faut aussi penser au MRIAE et à Sc Po. Le Collège est juste plus pointu pour les questions qui concernent l’Union européenne et la préparation des concours. 

-> Avez-vous des conseils sur la manière de s’adapter à un nouveau milieu professionnel et d’acquérir de nouvelles compétences rapidement ? 

Quand elle a commencé à travailler comme chef d’équipe à la DG DEVCO, elle était très motivée et voulait montrer à quel point elle était à la hauteur de la tâche. Lorsqu’elle est passé à la DG HOME, elle a découvert un service complètement nouveau mais où la manière de travailler était très semblable. Elle commençait à se familiariser avec la manière de travailler de la CE. Les types de travaux sont assez similaires de la protection des océans à la migration. Il est surtout question de savoir prioritiser l’information et la synthétiser. 

Bien qu’elle soit d’un naturel sociable, les deux-trois premiers mois dans un nouveau travail sont toujours très prenants : il faut comprendre les interactions et dynamiques de la nouvelle équipe, comprendre les nouvelles tâches demandées. Ces quelques mois d’application lui sont apparus d’autant plus nécessaires lorsqu’elle était en Angleterre au DFDI, où elle a travaillé au sein de deux services différents. 

Il faut se laisser cette période de deux-trois mois pour découvrir son nouvel environnement et apprendre à y naviguer. 

Conseil : Il faut utiliser cette période de nouveauté pour engager le plus de conversations possibles. Il faut oser poser des questions dès le premier mois, puisqu’on a le bénéfice de la nouveauté. C’est l’occasion d’accéder à une mine d’information et de se mettre en réseau. 

Il faut se faire violence pour aller vers les autres car cela a beaucoup d’effets bénéfiques. Plutôt que de vouloir comprendre par soi-même, il faut demander aux autres. Particulièrement dans les milieux des relations internationales, où l’on côtoie des gens très différents. Il est nécessaire de créer une relation pour savoir explicitement quel est notre rôle et leurs attentes vis-à-vis de nous. 

-> Au sein du microcosme bruxellois, quelles sont les entreprises en contact avec le SEA ? (Pour rechercher des stages) 

Il existe une galaxie de think-tanks sur les affaires européennes autour de la CE. Ce site recense les think-tanks en lien avec l’UE : https://ue.delegfrance.org/annuaire-des-think-tanks-et 

Mme Watson cite entre autres : le European Policy Center (EPC), le Center for Political Studies (CPS), le Center for European Reform (CER), European Center for Development Policy Management (ECDPM), la fondation Schuman, l’Institut Jacques Delors, etc. 

A Paris, il existe également l’Institut Européen de Sécurité, qui fait de l’analyse de la sécurité européenne. 

-> Peut-on faire des stages de courte durée dans les institutions européennes ? 

Au sein du SEAE, à Bruxelles, la durée du stage est forcément de 6 mois. Mais au sein des délégations, il y a d’autres types de modalité. 

-> Pourquoi considérez-vous le MRIAE comme une « formation d’excellence » ?

Elle ne s’est jamais sentie lésée par rapport à d’autres étudiants, qui auraient notamment fait Sciences Politiques. Le MRIAE a une notoriété différente de Sc Po mais la Sorbonne est davantage connue à l’internationale. 

Le MRIAE confère la chance de rencontrer des étudiants et des professeurs d’horizons très différents. Selon Mme Watson les études au Magistère sont plus riches que celles qu’elle a suivie en droit, par la diversité des matières et des ères géographiques étudiées. Le MRIAE ouvre à des horizons très larges et propose une formation plus interactive que d’autres grâce aux exercices oraux, aux exposés et débats. 

Elle était perplexe quand elle était encore étudiante au MRIAE. Elle ne parvenait pas à déterminer qu’elles étaient les débouchés possibles après la formation. C’est la raison pour laquelle elle a continué à suivre des cours de droit. Mais, avec le recul, elle pense que le MRIAE lui a beaucoup apporté. La pluridisciplinarité n’est pas un frein à la professionnalisation : ce sont nos appétences personnelles qui vont nous amener vers un emploi ou un autre. 

Le Magister ouvre la porte à tout : des anciens élèves travaillent dans la culture, le marketing, les institutions européennes. Le diplôme est tellement ouvert que l’on peut prétendre à plein de domaine différent. En ça, le MRIAE est très moderne : il forme des gens qui sauront manier l’information. 

Pendant son Erasmus en Angleterre, elle a découvert qu’on pouvait travailler dans l’économie et la littérature simultanément, ou dans d’autres combinaison de domaines apparemment peu compatibles. Ce qui était privilégié c’était la formation d’esprits bien faits et de savoir manier l’information.

Conseil : Quand elle a suivi les cours du MRIAE, elle étudiait en se focalisant essentiellement sur les examens. Elle nous conseille de profiter pleinement de notre formation et de ses enseignements. 

-> Quel est le poids du SEAE par rapport à la CE, quel est son champ d’expertise privilégiée ? 

La CE gère les négociations, édicte les lois. Le SEAE fait le cadrage politique et est en relation avec les Nations Unies. Il se concentre sur la vue d’ensemble. Là où la CE travaille sur des thématiques plus spécifiques. 

Catégories :