Vendredi 22 janvier, nouvel apéro-thématique et nouvel invité : rencontre avec Michaël Neuman.

 Michaël Neuman est diplômé du MRIAE en 1998. Après avoir obtenu son diplôme il se spécialise dans le domaine de l’humanitaire et il entre en février 1999 à Médecins sans Frontière (MSF). En 2003 il prend la tête d’une mission d’un an en Sierra Leone pour l’ONG, puis pendant 2 ans il part aux États-Unis en tant que Program Officer. Il rentre en France en 2006 et occupe depuis 2010 le poste de directeur des études chez MSF. Entre 2012 et 2017 il a également donné des cours à Science Po Paris, puis à P1 depuis 2014 à la George Washington University depuis 2018 

I. Présentation 

Il travaille aujourd’hui à MSF au sein d’un think tank : «CRASH » (Centre de Réflexion sur l’Action et les Savoirs Humanitaires), il occupe le poste de coordinateur et est un des directeurs d’étude. Il est au sein du CRASH depuis 11 ans et depuis 22 ans chez MSF. 

Tout en étant au Magistère, il a effectué un cursus d’histoire (licence puis maîtrise d’histoire). Il a fait de l’histoire afin de rentrer dans le MRIAE au moment où il voulait travailler dans les relations internationales dans le domaine public. 

Ensuite, les années 1990 ont été marqués par de nombreux conflits très violents. Ex : Somalie, à l’Ouest de l’Afrique. Un discours relatif aux violences et à l’humanitaire était donc très présent à l’époque. Il s’est alors très vite intéressé à l’humanitaire. Ce qui l’intéressait aussi était le journalisme. 

Il a fait de nombreux stages tels que : 

Stage au centre des droits de l’Homme des Nations Unies (NU) en 2ème année de Magistère à Genève : 4 mois, non rémunéré (alors que la vie à Genève est très chère). 

– Stage avec une ONG Guinéenne sur le contrôle des armées à Genève. 

Figaro service étranger en tant que pigiste. 

Il a postulé plusieurs fois à MSF mais on lui reprochait le manque d’expérience. En 1999 : il a repostulé au moment où il était en stage au Figaro et lors du Conflit au Kosovo ; ils lui ont demandé de partir la semaine d’après au Monténégro. Pourquoi ? il avait fait une thèse sur les Balkans et il parlait russe. 

Le BUT : il devait faire du recueil de témoignage, il devait aider les équipes sur place à détecter les trajectoires habituelles des kosovares qui remontaient au Monténégro pour y trouver refuge. Après un mois, il est allé en Macédoine pour effectuer le même travail. Une fois la guerre terminée, il a accompagné les équipes qui s’occupaient du retour des kosovares dans leur pays (chemin inverse). 

Il est ensuite devenu administrateur d’urgence au Kosovo, il a enfin été dans une « case » de MSF ; il y a trois cases entre logicien, administrateur ou médical. Il y est encore aujourd’hui mais il a occupé un certain nombre de postes différents : 

– Sud Soudan et Kenya : projet alimentaire + soutien institutionnel en 1999. 

– Au Caucase pendant 6 mois au moment de la 2ème guerre civile tchéchène (difficile moralement) 

– En Guinée auprès des réfugiés sierra léonais. 

– En Sierra Leone : en tant que chef de mission en 2003. 

– Il est parti au bureau MSF des États-Unis pendant 3 ans : soutien d’opération, mission de recherche, remplacement. Il a travaillé en Niger, Côte-d’Ivoire, en RDC à chaque fois pendant des crises. Il travaillait comme liaison de MSF auprès des NU à New-York en faisant plutôt une activité de plaidoyer. 

En 2007, il est rentré en France pour un poste au sein des opérations toujours chez la MSF. Ensuite il a fait du consultant (mais mal payé). Il a été élu au conseil d’administratif de MSF aux USA et y est resté pendant 2 ans. 

Mais il a ensuite démissionné pour intégrer le CRASH. Leur but : de stimuler la réflexion sur les actions des organisations, d’abord celles de MSF, savoir comment on travaille dans telle situation, comment on envisage nos négociations, sur la santé publique (l’épidémie aujourd’hui). 

II. Questions des participants 

En quoi consiste le métier d’administrateur auprès de MSF ? 

Il faut savoir que l’administration est différente de la logistique. Par exemple, la logistique à MSF est relative à l’achat, au transport, à la mécanique, à l’installation des bases et des bureaux. 

Alors que l’Administration : 

– Finance 

Ressources humaines (RH) 

L’administrateur doit gérer à la bonne administration de la mission : gérer les comptes, le budget, vérifier l’adéquation des ressources avec les besoins et gérer les RH c’est-à-dire gérer une équipe, s’assurer de la bonne tenue des contrats, vérifier de l’adéquation des contrats avec la législation nationale, gérer les comptes en banques, gérer les aspects légaux de l’existence de la mission (assurer la mise à jour des protocoles d’accord). C’est une fonction dont le périmètre varie en fonction de l’échelle à laquelle on la développe. A MSF, il y a : 

Des équipes projets : leur tâche est de gérer ou de soutenir, elles sont donc plus sur le terrain, en première ligne avec les usagers. 

Des équipes de coordination : coordination administrative, ou RH, travail qui est davantage en capitale. 

Il était administrateur au Kosovo et au Sud Soudan puis il était responsable terrain. Sur les deux missions il s’agissait surtout de situation d’urgence, de la finance et il gérait les comptes notamment. 

Ensuite il était en coordination en capitale : gestion du personnel, demande de trésorerie à Paris pour que l’argent arrive au Sud-Soudan par exemple. Une grosse partie de son travail consistait en la logistique avion c’est-à-dire qu’il négociait des contrats d’avions. Ex : avions qui fournissaient de la nourriture donc essentiels à la mission. 

Remarque : les métiers de la logistique sont très riches et variés. Ex : organiser une base de travail, store keeping, … 

Au CRASH : essentiellement de l’analyse ou administratif ? 

Le travail au CRASH n’est pas administratif mais ne se limite pas à l’analyse. Au CRASH, il y a de l’analyse mais aussi des formations pour interne (cadres) et externe à MSF. Ils sont une petite équipe de 7 dont 2 anciens présidents de MSF. Ils ont des expériences opérationnelles importantes mais aussi des connaissances en science humaine. 

Le but du CRASH : combinaison des sciences sociales avec les expériences opérationnelles pour faire progresser l’ONG et trouver des solutions concrètes et adaptées. 

https://www.msf-crash.org/fr/home : recense les travaux menés par le Think Tank. 

Est-ce qu’au CRASH, ils réfléchissent sur l’action humanitaire, sur ce qui a été fait en gestion de crise (Sahel en 2015 par exemple) 

Ils réfléchissent avant, pendant et après une crise. Ils ont un rôle de conseil donc ils ne sont pas responsables. Mais il y a aussi une réflexion à posteriori. Ex : lors de la crise nutritionnelle au Niger en 2005, le CRASH a écrit un livre qui revient sur l’expérience de cette crise. Pour Haïti, ils avaient créé un blog de conseil et système d’aide. Leurs livres sont basés sur des études de cas, le but est de revenir sur des situations. Ex : livre de 2016 sur la sécurité humanitaire avec une partie théorique puis une autre mentionnant des situations pratiques, concrètes de la MSF. 

Au-delà des conflits militaires, ils parlent aussi de santé publique et surtout en ce moment sur l’épidémie d’Afrique de l’Ouest d’Ebola mais aussi la COVID-19. Claudine Vidal et Jean-Hervé Bradol ont écrit Innovations médicales en situations humanitaires : Le travail de Médecins Sans Frontières, 2009, portant sur la question : comment est-ce que les innovations médicales peuvent être mise en place sur les terrains de MSF ? 

Quelle est la mission qui vous a le plus marqué ? quelle mission vous a fait comprendre à quel point vous aimiez votre métier ? 

  • • La mission la plus marquante : la plus dure était les 6 mois dans le Caucase en 2000 : en plein hiver, pression sécuritaire intense (kidnapping, évacuation à répétition), pas de possibilité de circuler, xénophobie importante. 

Toutes les expériences sont marquantes. Ex : en RCA, pays très pauvre et il y était entre 2013- 2014 qui est une période très violente. 

  • • Celle où il a vraiment aimé exercer son métier : la Sierra Leone. Il a beaucoup aimé l’Afrique de l’Ouest d’autant plus qu’il était chef de mission, donc plus de responsabilités et avait le sentiment d’avoir une prise sur les projets de MSF, sur les opérations. 

Puisque vous avez eu des débuts compliqués suite à une formation générale comme le MRIAE, est-ce qu’il vous semble nécessaire de compléter notre formation avec une autre discipline ? si oui laquelle ? 

Il y a beaucoup de formation générale comme le MRIAE et les organisations comme MSF ne sont pas très accueillantes de ce genre de profil. Ce qui manque à notre parcours selon lui est de l’expérience professionnelle au-delà même des stages, il faut avoir eu un véritable poste. Ce qui est important c’est de développer une compétence avant d’essayer d’entrer dans une organisation comme le MSF. Cette ONG recrute des personnes ayant minimum 2 ans d’expérience professionnelle. 

Mais cela constitue toujours un atout d’apprendre des langues tel que l’arabe à Inalco (langue essentielle aujourd’hui). 

Comment avez-vous obtenu le poste de pige au Figaro ? 

Il avait d’abord postulé pour des stages en 1997 après avoir fait le stage à l’ONU non payé ; il a pu garder des contacts avec des personnes du Figaro. Ensuite en 1999, il y a travaillé. 

Dans le champ des ONG : quels sont les débouchés pour les généralistes comme nous aujourd’hui ? est-ce qu’il y a une typologie ou un parcours personnel ? 

Il y a une multitude d’ONG qui ont des moyens et des fins différents donc il semble impossible de donner une typologie. 

POUR MSF 

Mais généralement : la porte d’entrée dans les métiers du terrain est l’administration. Le problème de l’administration est que ces métiers sont très technicisés c’est pourquoi les ONG recrutent désormais des diplômés d’écoles de commerce. 

De temps en temps, il y a des postes qui ouvrent d’adjoint par exemple à Beyrouth, en Jordanie, … 

Beaucoup de personne démarrent dans des postes qui sont peux attirants tel qu’au bureau des départs. Même si ce n’est pas opérationnel, cela leur permet d’avoir des contacts pour ensuite partir sur le terrain (MSF). 

Dans les autres ONG : 

– Il y a des ONGs qui recrutent plus facilement des personnes sans expérience. 

– D’autres ONGs laissent partir des personnes trop facilement sur le terrain alors qu’ils manquent d’expérience et qu’elle serait nécessaire dans des contextes très difficiles. 

– Il y a des gens qui tentent une expérience au Siège mais pas en tant que stagiaire. 

– D’autres testent d’entrer dans un premier temps dans des plus petites ONG pour ensuite partir dans une plus importante avec plus de moyens comme MSF. 

Il y a les JPO des Nations Unies = Junior Professional Officer, postes sponsorisés par les chancelleries constituant des moyens d’accès à des postes juniors au sein des NU. Mais il faut aussi des expériences préalables. 

Les stages aux NU : très chers par rapport à ce que cela rapporte. 

Est-ce que depuis que vous êtes au CRASH, vous partez encore autant sur le terrain ? 

Il fait moins de terrain mais c’est lui qui décide s’il part ou non. Puisqu’il travaillait sur les migrants ces dernières années, il a pu se rendre en Grèce et en Lybie. 

Ils font au moins un déplacement sérieux de quelques semaines par an pour faire une étude notamment. 

Au niveau de la vie de famille : est-ce difficile ? 

C’est un choix de vie. Il y a des moyens de s’adapter et il existe des postes familles.

Nous remercions encore Michaël Neuman pour cet agréable échange !

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