[APERO-THEMATIQUE] N°3

Le 6 novembre 2019, nous avons eu le plaisir de recevoir Nicolas Vaicbourdt, spécialiste de la diplomatie et des relations transatlantiques, autour d’un verre. Nous le remercions chaleureusement pour son intervention et vous en proposons un petit aperçu ci-après.

 

M. Vaicbourdt n’a été étudiant au MRIAE que 15 jours ; contraint de faire un choix, il a en effet décidé de rejoindre l’Ecole Normale Supérieure. Nicolas Vaicbourdt est donc normalien, agrégé et vice-président d’université.

Lorsqu’il était étudiant, il n’y avait pas de coopération pour des échanges universitaires. Face aux nécessités d’accéder à des sources et archives à l’étranger, dans le cadre de son master en histoire des relations internationales, il a donc inauguré le premier accord entre l’ENS et l’université de Princeton. Après un DEA en Géopolitique, l’obtention de l’agrégation et la réalisation de sa thèse, il a l’idée d’organiser un colloque avec des diplomates. C’est à cette occasion qu’on lui propose un poste aux Etats-Unis ; il devient alors attaché culturel français à Boston. Nommé dans un consulat aux EU, il est chargé des échanges universitaires pour les étudiants et les doctorants, à une époque où les Etats-Unis sont confrontés à une concurrence avec la francophonie québécoise. Son travail consiste alors à monter des projets, établir des notes et proposer ou négocier des accords. Il conseille également les enseignants et professeurs ainsi que les départements de langue : il a par exemple aidé à développer le département français au MIT. En effet, la diplomatie culturelle consiste à promouvoir la culture française car comme le disait De Gaulle « Là où la France rayonne, elle a des marchés ».

Après un passage en France en tant qu’universitaire, il retourne à Boston pour enseigner. Lorsque la France décide de créer un poste d’attaché culturel au Portugal, Nicolas Vaicbourdt est sollicité et accepte sa nomination ; durant cette expérience au Portugal, il devient également directeur-adjoint du centre culturel français à Lisbonne. Son travail consiste alors à créer un réseau franco-portugais et un espace post-Erasmus : il a par exemple contribué à la création des diplômes franco-portugais. De façon plus concrète, son travail de création de réseau consiste à rencontrer des professionnels et des hommes et femmes politiques portugais, organiser des rencontres au profit de ces acteurs et marquer la coopération par le biais d’accords. Les rencontres, qui doivent être chaleureuses, ont essentiellement lieu en-dehors des bureaux : le diplomate se doit de bien connaitre les personnes afin de travailler efficacement pour et avec elles ; c’est en instaurant un climat de confiance que les contacts acceptent de prendre des risques ou d’accepter des challenges.

Après cette expérience lisboète, son expertise est sollicitée par le quai d’Orsay dans le cadre de la création d’un « réseau d’excellence » en Chine par l’organisation de cours (économie, droit etc.) payés par la France, en français, à destination des élèves chinois. L’idée de ce projet était d’attirer des étudiants chinois dans les universités chinoises.

 

Dans un deuxième temps, Nicolas Vaicbourdt est revenu sur le recrutement au sein du Ministère des Affaires Etrangères. Il faut savoir que les postes dans la diplomatie sont en général réservés aux diplomates de carrière. Cependant, sur certaines questions précises (économiques, culturelles etc.), le MAE fait appel à des attachés spécialistes de ces questions. Le recrutement d’agents détachés auprès du quai d’Orsay se fait en général pour des missions de 4 ans. La diplomatie peut se décomposer en 2 activités :

  • L’activité diplomatique en elle-même avec la diplomatie politique (dont les postes sont généralement proposés aux fonctionnaires « rentrés par le haut », c’est-à-dire par l’ENA) et la diplomatie d’influence
  • Le service consulaire qui a des fonctions administratives et de suivi de la communauté française à l’étranger. Les métiers du service consulaire sont des métiers techniques

Les possibilités pour travailler dans la diplomatie sont nombreuses. La première voie, outre l’ENA, est évidemment le concours du Quai d’Orsay, cadre d’Orient (maîtrise d’une langue rare) ou cadre général (avec possibilité de spécialisation par aire ou par domaine a posteriori). L’autre voie est, comme expliqué précédemment, l’embauche sur des compétences spécifiques : par exemple un.e spécialiste des politiques de santé, un.e spécialiste d’une région africaine ou d’une minorité en Chine. Le recrutement par cette voie est très compliqué et ce sont des profils très spécifiques qui sont recherchés, sur la base des diplômes : les formations trop générales et généralistes n’intéressent guère. Pour postuler, il faut répondre à l’appel d’offre annuel. Il n’y a pas de concours pour faire de la diplomatie culturelle ; cela dépend des compétences particulières et spécifiques de chacun et les nominations ou embauches se font de manière ponctuelle. Nicolas Vaicbourdt a conclu ce passage par 3 conseils : faire des stages au plus proche de la culture locale ; sortir des cadres de l’université ; oser s’éloigner de la France.

 

Dans un dernier temps, les étudiants ont pu échanger avec l’intervenant au moyen de questions. Nous retranscrivons ici la teneur des réponses de Nicolas Vaicbourdt.

La diplomatie des accords à proprement parler n’existe pas. Cette diplomatie des accords dépend du poids international du pays qui les signe ou les rejette.Par exemple, la création de la SDN s’est faite sur le modèle recommandé et proposé par les Etats-Unis et la France est un des piliers de l’organisation ; toutefois dès que cette dernière entre en contradiction avec les intérêts français, la France s’en éloigne. Les pays suivent des accords s’il y a des contraintes ou s’ils n’ont pas le choix. Trump a fait campagne sur la défense de l’intérêt des Américains : naturellement il supprime donc les accords qui vont à l’encontre de leurs intérêts. Ce rejet de certains accords n’empêche pas les Etats-Unis de jouer le rôle du multilatéralisme quand cela les sert, notamment dans le cadre de la concurrence avec un multilatéralisme chinois. Trump fait du multilatéralisme régional spécifique mais pas international : les Etats-Unis ont promu le multilatéralisme international tant qu’ils en étaient l’acteur principal.

Une grande puissance est définie comme telle d’une part car elle peut imposer sa voix et d’autre part parce qu’on la voit et la considère comme une puissance. Aujourd’hui, la Chine, la Russie ou les Etats-Unis font un peu ce qu’ils veulent : ces grandes puissances peuvent donc dans une certaine mesure se passer du système multilatéral.

Compte-rendu par Florine Maurel

Nous remercions de nouveau M. Vaicbourdt pour sa venue !

Nous vous donnerons rendez-vous très prochainement pour un nouvel Apéro-Thématique !

L’Association des Etudiants et Alumni du MRIAE

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