[APERO-THEMATIQUE] N°2

Le 8 octobre 2019, l’Association des Etudiants et Alumni a reçu Valentina Favata, diplômée du Master en 2016 et actuellement Responsable des Affaires Européennes au CNRS.

Nous partageons avec vous les détails de cette rencontre :

Arrivée dans la formation MRIAE en M2 alternance, Valentina a fait sa scolarité en Italie à Milan à La Statale où elle fut diplômée en Sciences politiques spécialité Sciences internationales et Institutions européennes. Son souhait était de travailler au moins en collaboration avec les institutions européennes. Elle a donc fait son alternance chez Arianespace, qui était au départ majoritairement public, mais qui alors a été racheté à part égale par Airbus et Safran. Elle a travaillé chez Arianespace dans la communication. Savoir comment travailler dans un environnement de travail fut très formateur, surtout qu’elle n’avait pas autant d’expériences professionnelles que ses collègues de master.

Malgré cette expérience professionnelle, elle n’a pas obtenu un emploi tout de suite après. Elle a donc décidé de poursuivre avec un deuxième M2 pour pallier au manque de compétences juridiques et en négociation. Néanmoins, le MRIAE lui avait offert l’opportunité d’évoluer dans une sphère professionnelle et lui avait permis d’obtenir les outils théoriques nécessaires pour évoluer dans le monde professionnel. C’est ainsi qu’elle a assisté au Forum Carrières de l’Europe, et qu’elle a pu obtenir un poste de contractuel au Conseil économique, social et environnemental (CESE) comme chargée de mission dans la section des affaires européennes et internationales (AEI). Le CESE publie des avis qui sont sous forme de rapports rédigés par une administration divisée en groupe de travail. Elle faisait elle partie de la section européenne des affaires internationales et donc préparait les textes, choisissait les thématiques, et après s’être basé sur des discussions ou des lois préexistantes, elle lançait les négociations. Mais ce, seulement après avoir monté un projet administratif solide : Il fallait prendre en compte ce qu’imposaient chaque acteur et adapter le projet, trouver une zone d’entente. Parfois, on critique le travail du CESE parce qu’on ne connaît pas ces rapports et donc que l’on n’en mesure pas la portée. De plus les avis ne sont pas des textes de lois, donc ils restent consensuels. Toutefois, ces avis sont plus ou moins pris en compte au niveau gouvernemental afin d’ensuite adopter des lois.

Après cette expérience, une fois de plus elle n’a pas trouvé du travail tout de suite et a dû attendre quelques mois avant d’obtenir son emploi actuel au CNRS. Le CNRS est considéré comme un établissement public scientifique et technologique (EPST). C’est un établissement français, mais il est un centre de recherche international. Il a des bureaux et des unités mixtes internationales un peu partout dans le monde, en Europe et beaucoup en Asie. De plus, il y a des bureaux de représentation comme celui de Bruxelles. Le CNRS était le plus grand institut de recherche en Europe en terme de publications, mais est maintenant derrière la Chine et sa China academy of science. Néanmoins, entre institutions publiques dans le domaine de la recherche, il n’y a pas de situation de concurrence avec les autres pays. Le CNRS reste toutefois le plus gros bénéficiaire du programme européen Horizon 2020 (ou H20), avec un budget parfois supérieur à certains États membre.

Les EPST ont des critères de recrutements particuliers par rapport à d’autres type d’institutions. On peut être embauché comme contractuel, ou bien passer – comme Valentina l’a fait – un concours afin d’obtenir le statut de fonctionnaire. Elle insiste d’ailleurs : « Être fonctionnaire, c’est un statut. Cela peut donc vous permettre d’être détaché et de demander des postes très divers. ». Le statut de fonctionnaire acquis, il est possible de faire des demandes de postes dans des domaines, des institutions, et des lieux très varier. Cela permet donc d’accéder même aux métiers de l’international, voire travailler dans des ministères. Ainsi, le passage des concours du Quai d’Orsay bien souvent très convoités n’est absolument pas la seule porte d’entrée pour ce type d’emploi.

Le concours qu’elle a passé était un concours pour un poste précis et suivant un programme précis : Il s’agissait du concours externe du CNRS de chargée d’affaire européennes. C’est un concours accessible pour des diplômés du MRIAE. Il existe toutefois aussi des concours pour les chercheurs avec des inscriptions au printemps et un passage du concours à l’automne. Le CNRS ne prend par contre que peu voire pas de stagiaire. Il s’agit principalement de CDD pour les expériences professionnelles de courte durée.

 

En tant que chargée d’affaires européennes, le travail consiste premièrement à monter des projets européens scientifiques, c’est-à-dire aider à préparer des projets que l’on présente à la Commission européenne, en vue d’obtenir des financements. On les présente aux Journées nationales d’informations (JNI) qui sont des journées fermées au Ministère de la recherche notamment. Les chargés vont aux journées qui les intéressent et y font des présentations plutôt d’ordre thématiques. Par exemple, avec le CNRS, Valentina travaille actuellement sur le projet Horizon 2020. On promet d’ailleurs au programme Horizon Europe FP9 un budget supérieur au FP8, soit autour des 100 milliards d’euros.

Concernant le domaine de ces projets, au CNRS, ce sont tous types de projets scientifiques, même en sciences sociales afin de revaloriser certains thèmes qui peuvent être mis de côté ou qui peuvent avoir un impact sur les enjeux actuels, ou contribuer au niveau des connaissances. Ces projets scientifiques sont de manière générale un investissement européen à long terme pour mener des politiques publiques par exemple. Valentina, elle, ne s’occupe que de projets de « science dure ». À ce titre, elle travaille avec des laboratoires qui sont gérés par dix instituts. Certains laboratoires se rattachent parfois plus à certains instituts de recherche par rapport à leur domaine d’étude. Les chargés doivent donc gérer le portefeuille de ces laboratoires en fonction du budget accordé.

Si les projets sont acceptés, on entame la phase de négociation administrative avec la Commission européenne c’est-à-dire la négociation contrat. Dans de nombreux cas, il s’agit de projets collaboratifs, multipartenaires. Les partenaires sont divers, venant du public ou du privé, ou de pays divers du monde. Ainsi, il y a une nécessité de mettre en place des accords de consortium sur la gouvernance, mais également des accords sur la gestion du budget, la gestion des clauses de propriété intellectuelle – qui est fondamentale pour les chercheurs. Il faut avant tout chercher les intérêts des chercheurs et les protéger notamment dans leurs échanges en mettant en place des accords de confidentialité (ou NDA pour « non disclosure agreement »).

 

Ainsi, il y a une réelle nécessité d’être polyvalent pour ce type d’emploi. Il s’agit de faire des tâches de bureaucratie et administratives, des tâches financières de gestion pour pouvoir gérer toute la partie négociation de budget qui nécessite de la rigueur (sans forcément exiger une formation en comptabilité ou finance), et des tâches juridiques puisqu’il faut vérifier toutes les normes européennes en matière de projet et négocier les clauses de propriété intellectuelle. Il faut également être prompt à un autre type de négociation puisque les chercheurs peuvent mettre la pression pour concrétiser leurs projets rapidement, mais le dialogue permet de poser les choses pour expliquer les risques potentiels. Il faut également avoir une passion pour la science pour travailler au CNRS. Lorsqu’on relit les projets, on ne peut pas corriger l’aspect scientifique mais on apprend beaucoup de choses. Il faut donc être très motivé pour faire ressortir les enjeux, les impacts de ces projets.

Être diplômé du MRIAE ne présente toutefois pas un désavantage pour ce type de professions. Certes, beaucoup d’employés sont titulaires de master de Droit de l’innovation, de master de Droit intellectuel ou même de master en Gestion de projets européen. Mais le MRIAE, c’est tout d’abord une réputation, mais c’est aussi un ensemble de compétences comme celle de gestions de projets, de management : En tant qu’ancien étudiant du MRIAE, on connait le travail dans l’environnement international. On cherche des étudiants du MRIAE dans les instituts de recherches parce que c’est un profil suffisamment polyvalent mais avec des connaissances basiques et pointues qui sont nécessaires, pratiques, et donc qui nous portent pour ce genre de métiers. Les langues par exemple sont un atout majeur qui manquent énormément dans d’autres formations. Puisqu’il s’agit d’évoluer dans un cadre européen et avec des acteurs issus du monde entier, elles sont cruciales pour travailler dans ce domaine. Rien qu’en anglais, ils cherchent des « bilingues » anglais – c’est-à-dire ce qui correspond à peu près à un niveau B2 à C1 – et quelqu’un qui maîtrise si possible une troisième langue. Ainsi, les langues deviennent un critère éliminatoire pour beaucoup de candidats. De plus, les étudiants du MRIAE ont des compétences qui s’adaptent bien comme la connaissance de la recherche publique en France sur laquelle on a une première approche en cours, qui est facile à approfondir par la suite. De plus, les étudiants une approche possibles des chiffres.

 

Afin d’être accepté au CNRS sur ce type de postes, il faut pouvoir mettre en avant nos connaissances et savoir motiver notre candidature : le CNRS est prêt à former des jeunes, mais il y a une crainte de les voir quitter le poste rapidement, et donc ne pas représenter un investissement rentable. Ainsi, il faut mettre en avant son intérêt pour le milieu scientifique, être passionné, et pouvoir mettre en lien ses propres expériences avec cet intérêt ou ce type de fonctions en cherchant les enjeux possibles même s’ils n’ont rien à voir concrètement. Il faut montrer qu’on se projette même si on manque d’expérience dans le domaine, qu’il y a une cohérence dans ce que l’on demande. Par exemple, Valentina a passé le concours du CNRS alors qu’elle s’occupait plutôt de la coopération internationale sur la zone Asie-Russie-Océanie. Elle a pu réussir en montrant son intérêt pour les sciences et grâce à son expérience en institut, sans avoir pour autant travailler sur des projets européens. Donc il peut être aussi important de faire une première expérience dans des centres de recherche.

Compte-rendu par Nadine Wellnitz

Nous remercions Mme Favata pour sa venue !

Nous vous donnerons rendez-vous très prochainement pour un nouvel Apéro-Thématique !

L’Association des Etudiants et Alumni du MRIAE.

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